Mauregny,Un village, une histoire

La Kommandantur et les habitants civils, jusqu'au 1er mars 1917

 

 Mauregny Place

Arch. Privées : Guy Pluchart

La Commandanture de Mauregny

 

La place de Berlin

 

 Mauregny Berliner Platz

Arch. Privées : Robert Payen

 Vue depuis "Berliner Platz".

 

 Mauregny Eglise

 Arch. privées : Gérard Henry

Pour cette période, nous n'avons que quelques témoignages, et très peu de documents écrits, dont les quelques listes qui seront citées dans les chapitres suivants.

 

a) Etat de la population

Rappelons qu'il y avait 504 habitants en 1914. Nos différentes listes recensent en tout 447 personne. En étudiant le registre d'état civil, on s'aperçoit qu'en 1914, après le 2 septembre, il y a 2 naissances,, 8 décès à Mauregny, 2 décès à l'hospice de Laon, et 5 morts pour la France. En 1915, il y a 11 décès à Mauregny, 3 à l'hospice, 4 morts pour la France et 7 naissances. En 1916, il y a eu 5 décès à Mauregny et 1 à l'hospice, 2 morts pour la France et 6 naissances. Pour cette période, l'excédent des décès sur les naissances est de 26. Si l'on y ajoute les mobilisés et les quelques départs avant l'invasion, on approche le chiffre de 500 (il est d'ailleurs possible qu'entre 1911 et septembre 1916, la population ait continué à diminuer).

 Bourin Alcide

Alcide Bourdin

C'est Monsieur Alcide Bourdin, "adjoint, remplissant en l'absence du maire, les fonctions d'officier d'état civil", qui note les actes à partir du 9 septembre 1914. Début 1917, il note sur le registre : "Lequel registre en raison de l'occupation allemande n'a pu être côté, ni paraphé, conformément à la loi". Et, il notera encore 2 naissance et 3 décès (dont celui d'un habitant du Nord, de domicile inconnu) jusqu'à son évacuation le 12 avril 1917.

En septembre 1915, 25 habitants de Mauregny ont été évacués1.

Dans le livre sur Rozoy-sur-Serre, sous la rubrique "le pays de Rostand occupé - Septembre 1915", on note :

"33 nouveaux évacués (de Mauregny-en-Haye cette fois-ci) arrivés de Rozoy-sur-Serre ont été répartis entre Brunehamel et Cuiry-les-Iviers.

Ils ont dû partir de chez eux le 23 septembre 1915, chassés, par les Allemands qui avaient besoin de nombreux logements. Ils n'ont été autorisés à n'emporter que quelques effets personnels mais surtout pas de literie".

 

Le 8 avril 1917, la gazette des Ardennes, le journal "collaborateur" de cette guerre, publie un article sur "la langue allemande dans l'Aisne". Ce journal déplore "l'invraisemblable ignorance après 30 mois de guerre de la langue allemande dans la région de l'Aisne et en général toute la région agricole et herbagère... un habitant sur mille écorche quelques mots d'allemand" et encore s'agit-il d'un "volapük d'occupation".

 

L'instituteur, Monsieur Vieillard et l'institutrice Mademoiselle Ambrosini, ont continué à s'occuper de leurs élèves tant bien que mal.

 

Notons enfin que, pendant 4 ans et demi, il n'y a pas eu de mariage à Mauregny-en-Haye.

Gazettes des Ardennes 

b) L'organisation et la vie de la population

"Chaque armée allemande met en place un commandement et une organisation des étapes qui couvre le pays occupé d'un réseau de commandantures à compétences illimitées et, dans le détail, discrétionnaire. Chaque commandant local dispose d'un personnel à demeure souvent nombreux où figurent nécessairement ces deux "rois du village" que sont le chef de culture allemand - le landevache ou, comme disent les occupés, la "langue de vache" - et le sergent d'inspection, grand maître des fouilles et des perquisitions"2.

L'armée allemande va non seulement surveiller et encadrer la population, mais organiser la production agricole de façon militaire à son profit. Elle prend en main la gestion de la plus grande partie des terres labourables et réquisitionne les récoltes.

Henri Tanneur, Marcel Payen, Charles Larive :

"Tous les hommes de 16 à 60 ans ont été réquisitionnés pour le travail obligatoire".

Henri Tanneur :

"Les cultures étaient continuées par les Allemands, champs de tournesol, etc... et la population surveillée par un chef de culture allemand... il allait donner à manger aux poulains des Allemands qui se trouvaient chez Payen, mais il en gardait une partie pour se nourrir".

Marcel Payen :

" Il avait 15/16 ans, les Allemands avaient réquisitionné une trentaine de vaches, il était chargé de porter la crème de lait à dos de mulet à la ferme allemande du moulin de Montchalons pour la fabrication de beurre. Il passait par le chemin de Festieux qui était gardé par les cuirassiers blancs (culottes blanches). Il se servait "en prenant la précaution de ne pas se faire prendre".

Charles Larive :

"J'ai du travailler pour les Allemands vers l'âge de 16 ans en 1916. J'ai été réquisitionné pour ramasser la sciure avec un râteau à la scierie et pour astiquer les cuillers et les louches dans le sable. Les travaux des champs étaient effectués par les Allemands et les Français travaillaient pour eux. Ils employaient de vieilles faucheuses".

Les femmes aussi étaient réquisitionnées. Elles participaient aux travaux des champs. Certaines d'entre elles étaient employées pour le travail de la laverie (voir § 3.1.2)

Charles Larive :

"Les rues de Mauregny étaient nettoyées par les "négresses" de Mauregny". Nous ignorons le pourquoi de ce qualificatif.

Quant aux hommes, seule une partie d'entre eux étaient occupés aux champs. La plupart étaient organisés en "colonnes", c'est-à-dire en groupes de prisonniers, déplacés en fonction des besoins de l'armée allemande : travaux de terrassement, tranchées, chemins, gardiennage des chevaux (cf : Marcel Payen) etc...

 

Etroitement encadrés, ils étaient soigneusement séparés de la population. D'autres étaient répartis dans les Kommandantur des villages voisins : 6 à Pierrepont, 1 à Sissonne, 2 à Ebouleau, 4 à Missy-les-Pierrepont, 1 à Goudelancourt-les-Pierrepont. 31 étaient en colonne à Liesse. En tout 45 "ouvriers" comme le note la liste des évacués.

Les femmes de Mauregny au travail

 Mauregny travail des femmes

 Arch. privées : Guy Pluchart

Le travail des champs

A parti de la gauche , la 3e personne est Jeanne Paruitte et la 5e Léonie Marque Bourdin mère de Lucie et Jeanne Marque

 Rue de La Croix

 Arch. privées copie : Jeanne Gobron

 Le nettoyage de la rue de la Croix

Même les enfants étaient occupés :

Henri Tanneur :

"Les enfants coupaient les chardons".

Marcel Payen :

"J'ai fait des routes, participé aux terrassements du terrain d'aviation de Montaigu, conduit des chevaux, etc...".

 mauregny

 Arch. privées : Lucie Marque

De gauche à droite :

1) Louis Bourdin 2) Lucien Marque 3) Ernest Martin 4) Julien Aumont 5) René Gauget

Ils étaient, tous les cinq, embrigadés dans la "Colonne mobile de Liesse"3.

 

c) Le C. R. B. (Comitee for Relief in Belgium)

" Dès la fin de 1914, Hollandais et Américains créaient un "Comitee for relief in Belgium" (C. R. B.) chargé de distribuer des vivres en Belgique occupée. Ce comité garda son nom quand, enfin, au cours du printemps et de l'été 1915, ses activités s'étendirent à la France occupée. Lorsque l'Amérique fut entrée en guerre contre l'Allemagne, l'Espagne prit sa place dans la direction du C. R. B. qui devint une entreprise hispano-hollandaise.

En principe, les vivres arrivaient dans les communes tous les dix jours, et c'était sous l'autorité du maire et d'un délégué au ravitaillement désigné par lui que se faisait la distribution. Un bulletin officiel du C. R. B., le Moniteur de l'étape, publié sous le contrôle de l'autorité allemande, donnait le poids et le prix des denrées à distribuer.

Une ration quotidienne "de principe" fut fixée pour les villes : 40 grammes de farine ; 50 grammes de lard, saindoux ou viande congelée ; 30 grammes de féculents : riz, pois, haricots ou pâtes ; 10 grammes de sucre ; 7 grammes de café ou de succédané ; 20 à 30 grammes de biscuit ; 10 grammes de savon ; du sel ; du vinaigre ; un peu de lait condensé pour les enfants et les vieillards"4.

Le Moniteur de l'Etape précise en mars 1917 : Il y a des magasins de district (celui de Vervins, Fourmies fait 230.000 habitants, 25 régions, 450 communes) des magasins de région et des magasins de commune. "Le registre de population et la carte de ménage constamment tenus à jour sont la base de toute distribution".

En juin 1917 : La comptabilité communale doit comprendre un registre des entrées et des sorties, des carnets de distribution, comptes des ménages, comptes de la région.

En août 1917 : il précise "que les communes sont responsables de la dette entière contractée pour le ravitaillement".

Ce ravitaillement "américain" était complété par la culture de jardins privés - Le Moniteur de l'Etape de mars 1917 donne "les principes pour la culture des jardins". " Chaque jardin doit être muni d'un écriteau à demander à la Kommandantur - 1 are en pommes de terre, 1 are en légumes par habitant - ceux qui n'ont pas de jardins doivent s'adresser aux comités communaux C. R. B., il y a des champs communaux C. R. B.".

En juillet 1917, il précise "l'organisation des marchés et la vente des légumes".

En décembre 1917 : "tout ménage doit être pourvu d'un jardin".

En mars 1918 (dernier numéro) : "Le jardin obligatoire en 1918 - 2 ares par habitants - champs de réserve = 1/10 de la surface de culture individuelle, exclusivement en pommes de terre et choux-navets - champs à protéger par panneaux C. R. B.".

A Mauregny, Victor Gozé faisait fonction de maire délégué C. R. B. (en 1917/1918) Germaine Gozé était l'aide comptable C. R. B., Adonis Faucheux était l'employé C. R. B. et Gaston Coquigny, le boulanger C. R. B. Du C. R. B. nous n'avons retrouvé que deux documents : une liste du 1er mars 1917 indiquant par ménages les sommes dues à cette date. (Il s'agit sans doute de faire rentrer l'argent avant les évacuations qui se préparent (voir § 3.2). Une note qui indique que "Madame Dumaire a touché le ravitaillement C. R. B. à Mauregny de septembre 1915 au 15 mars 1917, puis a touché l'allocation en Belgique du 15 mars 1917 au 2 mai 1917"5.

Henri Tanneur :

"Les gens se nourrissaient comme ils pouvaient. L'armée allemande était assez humaine avec la population".

Marcel Payen dit que :

"La plantation était impossible, les Allemands prenaient tout. Obligation de planter des rutabagas pour les Allemands. Les Allemands parlaient avec les habitants".

Lucie Retraint se rappelle :

"du lard Américain" et que "les jardins étaient gardés par intermittence par les soldats Allemands".

Liste retrouvée dans les archives municipales de la commune de Mauregny

indiquant les sommes dûes par 93 ménages

 Feuille de dettes

 

 Feuille de dettes

 

1 voir liste du § 3.2.2

2 Marc Blancpain - La France du Nord sous les occupations, page 230

3 Voir Sous-chapitre 3.2.2 : liste des habitants de Mauregny évacués les 15 mars et 12 avril 1917

4 Marc Blancpain - La France du Nord sous les occupations, pages 296 et 297

5 Arch. Munic. Mauregny : 5 Q 4


Mauregny en Haye 423 hab. par JM Moltchanoff       

Les cahiers d'histoire de Mauregny ont été rédigés par Guy Pluchart et Jacques Tavola
Les auteurs ont parcouru les services d'archives et publient "Les cahiers d'histoire de Mauregny". 
> Une histoire très détaillée du village de la préhistoire au 19° siècle. 
> Histoire du chanvre à Mauregny 
> Doléances de 1789 
> Cartes postales anciennes 
> Histoire de Fussigny, village disparu 
Un excellent travail ! Un des meilleurs sites de l'annuaire selon l'
Annuaire des sites d'histoire des villages

par Gilbert Delbrayelle

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