L’église de Mauregny en Haye

Les documents concernant notre église sont rares, à part un volumineux dossier concernant la reconstruction du clocher de 1750 à 1760, dossier qui apporte par ailleurs bien des questions.

Faisons le point sur nos connaissances actuelles et sur les hypothèses que nous suggèrent les faits.

Quand a-t-elle été bâtie ?

La source écrite la plus ancienne est un document en latin de 1183 qui mentionne « altare de Morigni », donc une église.

Cette date correspond au style de la nef : plafond en bois, gros piliers carrés, séparés par des ogives supportant un mur avec des fenêtres romanes sans ornement. Tout cela indique le XIIème siècle. (Pigneaux, instituteur à Mauregny en 1884 parle de XI / XII ème siècle).

Le chœur « a la forme d’un hexagone », nous dit Pigneaux. Son style ogival permet de la dater du 13ème siècle. Le chœur est relié au transept par deux passages latéraux étroits : il s’agit dune disposition assez originale.

Les deux bas-côtés se terminent du coté du transept par deux chevets plats, comme c’est souvent le cas dons le Laonnois.

Le clocher

La date de sa reconstruction : 1760 est inscrite à sa clef de voûte à l’intérieur de l’église. Il remplace un clocher qui mesurait 17 mètres, donc 3 de plus que lui.

Ce clocher, d’après le plan et le devis de 1760 était du même type que celui de Coucy les Eppes, c’est-à-dire au-dessus du plafond, une charpente couverte d’ardoise (« carré en bois » dit le devis).

Or actuellement, le clocher est en pierre au-dessus du plafond avec un toit d’ardoises à 4 pans.

Le clocher de 1760 aurait-il donc été détruit par l’incendie du 30 Septembre 1813 qui a complètement ravagé Mauregny et reconstruit alors sous sa forme actuelle ? (le village a reçu une subvention de 20.000 F le 26 Octobre 1814 offerte par le roi Louis XVIII pour la reconstruction du village).

D’autre part, et toujours en 1760, les habitant de Mauregny parlent de « tour servant de clocher » , de « beffroi » pour désigner nore clocher.

Un beffroi, on s’attend plutôt à le trouver au-dessus d’une maison commune, de la mairie. Mais à cette époque les communautés étaient trop pauvres pour avoir une mairie : la maison commune, c’était l’église. Il est donc tout naturel que la communauté ait décidé de construire son beffroi au-dessus de l’église. Toujours est-il que ce beffroi est bien la propriété de la communauté qui en supporte seule la responsabilité financière. Mais le beffroi, (l’étage où sont es cloches destinées à sonner l’alarme) n’est qu’une partie de la tour, et il y eut des procès, des conciliations entres les abbayes de Cuissy et de Saint Vincent de Laon, qui percevaient la dîme de Mauregny, et la communauté des habitants pour se répartir la charge financière de la reconstruction. On doit noter aussi qu’on accède au clocher par un escalier extérieur à l’église situé dans une tour fortifiée. On peut donc accéder au beffroi sans passer par l’église.

Le dossier parle aussi de « l’arcade qui divise la nef du chœur où est posé le Christ, laquelle a brûlée ». Il y avait donc déjà eu un incendie avant 1760 et un Christ se trouvait à cet endroit.

S’agit-il de l’actuel Christ en bois qui serait seront Miguel de la Torre daté du 16 ème siècle ?

Notre clocher a été doté d’une horloge dès 1750. grâce à un don de 120 livres de la belle-sœur du Seigneur de Mauregny, don complété par une contribution des habitants de 112 livres.

Enfin, les 3 cloches actuelles remplacent celles qui ont été enlevées par les allemands le 29 Décembre 1916. La cloche du milieu replacée en 1922 a pour parrain Albert Fontaine et Louise Paruitte. La cloche Nord replacé en 1926 a été donnée par M. de Villegueril et Mme de Cestas « en remplacement de celle offerte par leurs grands-parents héritiers du Seigneur de Mauregny » et on peut penser que leur cloche avait été installée au début du 19 ème siècle. La cloche Sud, également en 1926 a été parrainée par Henri et Madeleine Tanneur.

L’intérieur de l’église

Le chœur possède des boiseries du début du 18ème siècle, à l’époque donc où la famille De Marolles était seigneur de Mauregny. Ces boiseries sont inscrites à l’inventaire du mobilier historique. Deux chapiteaux, représentant des têtes humaines, sont encore bien visibles. Un document du conseil de fabrique de Juillet 1848 nous apprend que M. Elisée Lorain, châtelain de Mauregny a « fait daller à ses frais,en pierre dure et en marbre noir le sanctuaire et le chœur de l’église ». Pour le remercier, la fabrique lui offre « les 3 premières places du premier banc situé dans le chœur du coté de l’Evangile ».

C’est donc probablement à ce moment qu’ont disparu les pierres tombales dont parle Pigneaux, pierres « disparues au moment des réparations effectuées dans la nef ».

Le registre d’état civil de Mauregny mentionne les noms de 12 personnes enterrées dans l’église de 1670 à 1735, dont Jacques Créhant, curé de Mauregny en 1691 et François Benjart, aussi curé, en 1729. Clairmonde Marquette, âgée de 85 ans, dame de Mauregny, veuve en premières noces de Charles de Bezannes, tous deux seigneurs de Mauregny a été enterrée dans l’église en 1732.

Le registre d’état civil mentionne aussi l’existence de deux « chapelles » dédiées l’une à Saint Sébastien et l’autre à Saint Antoine, à la même époque.

La rosace, au-dessus du portail principal, représente Saint Martin, patron de notre église, en train de partager son manteau.

Enfin la Vierge à l’enfant, dite Vierge à la rose, près des font baptismaux, est du 16ème siècle, et aussi inscrite à l’inventaire du mobilier historique.

L’extérieur de l’église

Pigneaux disait que notre église est « entièrement en grès ». Or les murs des bas coté sont en pierre calcaire. Ces gros blocs sont caractéristiques de la deuxième moitié du 19ème siècle à Mauregny. Il en est de même des murs de la sacristie. Il est donc probable que celle-ci a été bâtie à cette époque et que les bas cotés ont été élargis.

La façade du portail est en grès, le calcaire apparaît sur le coté, particulièrement à droite du portail, où il y a un « décrochage » particulièrement visible, suggérant un bas coté en grès beaucoup plus étroit, et où subsiste la trace d’une fenêtre romane bouchée.

Le portail est encadré de colonnes supportant des capitaux représentant des têtes humaines. De chaque coté on voit deux pierres tombales, l’une de 1862 pour Louis Xavier Chalan, ancien curé de Mauregny et l’autre de 1882 pour J.B Gamain, également curé de Mauregny. Déjà en 1676 Simon Hachet disait : « ci-devant curé de Mauregny a été inhumé dans le cimetière devant le grand portail », comme l’indique le registre d’état civil. Devant ce portail, dans le cimetière, se trouve une croix intéressante.

Pigneaux raconte que le seigneur de Mauregny « rendait justice aux habitants, en plein air, assis sous un marronnier, non loin de l’église et près d’une croix ».

Il est possible que les bras de cette croix portaient des fleurs de lys dont les pétales latéraux auraient été cassés à la Révolution.

Le chevet de l’église présente aussi quelques chapiteaux en forme de tête, fort dégradés.

La tour de l’escalier du clocher est éclairée par 3 meurtrières et munie d’un escalier à vis.

Le cimetière était planté d’arbres fruitiers à la Révolution, arbres dont les fruits étaient vendus par adjudication au profit de la commune.

On a même vendu une « dépouille d’herbe » du cimetière en 1743 ! Deux portes portent les noms de personnes nées avant la Révolution et qui ont donc connu cette époque : ce sont les tombes des familles Lorain et Gobert.

La deuxième église de Mauregny

Pigneaux nous dit : « avant les guerres de religion (donc à la fin du 16ème siècle) il y avait deux églises et deux paroisses : l’une qui existe encore et qui est sous le vocable de Saint Martin et l’autre qui était celui de Saint André. Jusque dans ces derniers temps on fêtait les deux patrons avec une égale solennité. Dns ces dernières années on remarquait encore aux fenêtres d’une maison bâtie sur l’emplacement de l’église Saint André , des vitraux qui semblaient provenir de ce monument » .

Mais ce document de 1884 est unique et la mémoire s’est perdue. On peut simplement remarquer qu’il y a toujours une statue de Saint André dans l’église et en bonne place, au centre de cette église. Elle était déjà là en 1904, comme le montre une vieille photo.

La seule autre mention de Saint André se trouve dans une sentence de baillage du Vermandois en 1425 concernant un problème de dîme pour Nicole Navet, ciré de Mauregny, payable à la Saint André (alors que tous les autres documents du même type parlent de Saint Martin).

Il faut remarquer que de 1590 à 1670 on eut trois générations de seigneurs protestants à Mauregny. Et la destruction de l’église Saint André a pu se faire aussi pendant les guerres de la Fronde vers 1650. car nous avons trace des contradictions entre le seigneur de Proisy et le curé Simon Hachet qui a failli être assassiné.

Guy PLUCHART – 16/10/1993

Depuis cette date, une statue de Saint André en bois peint, a été trouvée dans le grenier de la sacristie. Elle est vraisemblablement datée du 16ème siècle.