Mauregny,Un village, une histoire

Le Protestantisme (suite 03)

Jean de Proisy, deuxième du nom de la branche de Mauregny, est né en 1617 : c´est le premier dont nous connaissons l´année de naissance (mort en 1680 à l´âge de 63 ans).
 
Nous ne connaissons rien de sa jeunesse, mais nous avons relativement beaucoup de documents sur sa vie, ainsi que quelques éléments sur la vie de la communauté des habitants de Mauregny.
 
Il devient seigneur de Mauregny à un moment où les guerres vont atteindre une grande intensité. A la guerre internationale dite de trente ans, se superposent la Fronde des seigneurs contre Richelieu et surtout contre Mazarin, et les affrontements entre catholiques et protestants qui continuent. Aux destructions, des combats s´ajoute le pillage : les troupes amies ou ennemies vivent sur le pays où elles se déplacent.
 
En 1644, "la guerre continua avec succès... le mois d´août suivant fut le rétablissement de la religion catholique à Sedan..."[1].
 
"L´année 1644 fut fatale à la ville de Laon..." [2] (à cause des soldats de la garnison).
 
En "may 1646, 40.000 ennemys passent à Laon..." pillage de Crespy et autres villages[3].
 
Combier note entre 1642 et 1647 la "création d´un marché à Mauregny toutes les semaines et de deux foires tous les ans"[4]. On peut donc penser que la vie à Mauregny était alors relativement bonne.
 
En mars 1647, on trouve un accord entre Jean, David et Claude de Proisy (fille) hoirs (héritiers) de feu Jean de Proisy, seigneur d´Aippe (sic) et Antoinette de Dompierre et Messire Jean de Proisy, chevalier, seigneur de Mauregny, qui signe Proisy Morgny (sic).
 
Le 1er juillet 1647, la perception des dîmes est donnée à bail à Simon Hachet, curé de Mauregny [5]:
 
"Comparant en sa personne Monsieur Simon Hachet, prêtre Curé de Mauregny .... Laon a recognut avoir pris ... par reçu ... à tistre de ferme des reverenda perça bénédictina de la congrégation de Saint Maur ordre de Saint Benoist de l´abbaïe et monastère de Saint Vincent les Laon, bailleurs, par reverende perça Daomi Ciprian Virhart prieur, Daonna Emilian de la Bigue fillea Cuisimir, Jhean ...., Benoist de la Salle, Hilaire Pillier, ... Bourmeniville et frère Vincent Baudonner, tous frères et religieux de ladite congrégation à représenter, bailler, audit titre le droit de dixme qui appartient audit monastère de Saint Vincent et qu´il a droit de prendre à cause de la trésorerie de ladicte abbaye sur les terroirs de Mauregny, Fussigny, Courtrizy et Montaigut, se consistant le dict droit de neuf "cen" (?) deux parties pour en jouir, user et possesser par ledit preneur tant et sy longuement qu´il sera Curé de Mauregny, à commencer à la fin du bail fait à Charles Coullebault le 19 décembre 1642 à la charge que ledit preneur a promis et sera d´en rendre et payer par chacun an au frère religieux de saint Vincent leur ... au jour de Saint Martin d´hiver la somme de 45 livres de fermes dont le premier paiement sera audit jour de Saint Martin d´hiver de l´année 1649. En continuant sera en oultre tenu ledit preneur d´acquitter ... Religieux de Saint Vincent de tout ce qu´ils pourront estre tenus à cause dudict droit de dixmes, ne pourra transporter ce dont ... ... ... obligeant lesdites parties ... ledit preneur ses biens et revenus ... à payer fournir et satisfaire à ce que ... ; et de faire bailler aultant de rentes auxdits bailleurs Et lesdicts religieux les biens et revenus dudit monastère à garantir le présent bail sans y contrevenir ... à ladicte abbaye pardevant nous notaires royaux, demeurant à Laon, soussignez le 01 juillet 1647 avant midy pour ... de ladicte redelvance et charge cy ... ont comparu Claude Hachet et Jean Cornet, vigneron demeurant à Mauregny, lesquels ont recognu que leur pure et franche volonté se sont faicts et constitués plège caution respondant au principal preneur du dict droit de dixme promis au ... par ... à Mr ledict Hachet, curé de Mauregny de Payer aussi aux religieux de Saint Vincent de Laon ladicte redevance de 45 livres par an et de satisfaire à toutes les autres charges parties au présent bail à quoy faire ils ont obligez leurs corps et biens sur l´amende de voye l´un pour l´arrétage, un seul pour le tout.
 
Signatures : Religieux de St Vincent
 
                        Simon Hachet, Claude Hachet, Jean Cornet
 
                                                                                              Marteau et Botte (notaires à Laon)
 
collation de la présente copie le 05 mars 1664 par Monseignat (notaire à Laon).
 
Notons bien l´apparition de ce Simon Hachet, curé de Mauregny qui fut l´ennemi du seigneur protestant.
 
En 1648, Jean II se marie à Marguerite de Loubes de la Gadouine en Poitou . "Contrat du 27 avril 1648 auquel assistèrent plusieurs maréchaux de France et autres personnes de considération"[6]. Il en a eu une fille N. de Proisy, mariée à N. de la Millière en Poitou[7].
 
Il se remaria, suivant contrat passé devant Carita, notaire à Metz le 7 novembre 1648 à Judith d´Aumale, fille cadette de Paul d´Aumale, chevalier, seigneur de Chignol et de Gondreville et de Judith Travant. On le voit, son premier mariage a été très bref, on peut penser que sa première femme est morte lors de la naissance de sa fille[8].
 
"Le seigneur de Mauregny, étant protestant en 1648, il n´est pas indiqué de chapelle dans l´état des bénéfices de l´évêché de Laon, dressé cette année-là" [9].
 
Antoine Bellotte "a dit qu´il est mémoratif qu´en l´année 1649, l´armée du roi d´Espagne entra en France au mois de Mars par Guise et de là à Crécy (sur-Serre)". Les Armées françaises des maréchaux d´Estrées et de Praslin, puis l´armée allemande d´Erlach, brûlèrent plus de quarante villages, tuèrent et estropièrent les gens et en 1650 ce fut l´armée de Turenne "qui enleva tous les vins, fourrages, chevaux et bestiaux"[10].
 
L´armée d´Erlach est composée de protestants alliés de la France. Les exactions de ce général ont "réuni sous son nom les souvenirs cuisants que les soudards ont laissés en Thiérache, où il est devenu le "Père Harlan" qui faisant peur aux petits enfants..."[11].
 
 Pendant ce temps, le prince de Condé, qui "étoit chéri dans la Thiérache depuis la victoire de Rocroy, se tourna bientôt après du côté des rebelles opposés à Mazarin"[12]. Calviniste, il s´allia aux Espagnols catholiques.
 
Une enquête de janvier 1650 montre "la totale ruine du diocèse par les fréquents passages des armées... que depuis les quartiers d´hyver et environ le 15 novembre dernier, la compagnie du Sieur comte de Medany du régiment de St Marc a eu logement dans les paroisses de Beaurieux, Monampteuil, Grandelain, Chamouille, Ste Croix et St-Erme dans lesquelles les pauvres paysans et villageois avaient réfugié le peu de grain et meubles qu´ils avaient pour les aider à vivre..."[13].
 
On trouve dans l´enquête de 1651 le témoignage suivant :
 
"Le samedi 11 mars 1651, au bourg de Montaigut, M. Nicolas Demay, prestre curé de Montagut, assisté de Pierre Barillier, greffier du bourg de Montagut, âgé de 45 ans environ, Nicolas Tatille, procureur d´office, 48 ans, Pierre Pasquier, sergent en la justice, âgé de 50 ans environ.
 
A dit que depuis le dernier juillet 1649 jusqu´après l´an passé et la garnison des gens de guerre ont été si fréquentes au bourg de Montagut, il lui est impossible de nommer les noms des régiments et officiers, notamment depuis les invasions sont entrées en France et assiégé la ville de Guise près La Capelle. L´armée du Roy s´étant assemblée en notre élection et leurs troupes ... étant
passées pour aller joindre l´armée commandée par Mr le Maréchal du Plessier qui était campé au bourg et terroir dudit Montagut ont été ... y avoir fait manger à leurs chevaux partye de grains qui estoient sur le terroir de Montagut que des lieux circonvoisins, puis emmenés tous les chevaux et bestiaux... rencontrer, particulier des villages de Mauregny, Coucy les Aippes, St Erme Outre et Ramecourt quy sont lieux de grands vignobles ont eu des dégats imaginables ce qui n´a esté que peu de choses à l´égard des ennemys audit lieu, car après que les trouppes du Roy ont esté à la ville La Fère les ennemys ont desproyés non seulement le dit bourg de Montagut, mais tout le païs jusqu´à la rivière d´Aisne... pris pauvres particuliers ... véré aucuns emmené tous leurs bestiaux et chevaux ... le dixième jour du mois d´aoust dernier...
 
Le 26 aoust dernier, les ennemis seraient venus à Montagut au nombre de 7 à 800 chevaux et leur armée... Il est mort au bourg de Montagut plus de 200 personnes de toutes sortes et âges, la plupart dans les bois et lieux souterrains où ils s´étaient réfugiés..."[14].
 
Claude Leleu résume la situation en 1650 :
 
"la moisson fut faite par les gens de guerre qui vendoient eux-mêmes les bled des pauvres laboureurs à la halle. Les maladies suivirent et furent très violentes et contagieuses et emportèrent 1.600 personnes de juillet à octobre. La vendange fut faite de même par les soldat. Le bled valait 60 ou 70 sols le quartel"[15].
 
Le 16 juin 1651, David de Proisy (1ère branche d´Eppes) seigneur d´Eppes et d´Aubigny épouse Madeleine de la Barge, fille de Jacob de la Barge, seigneur de Champeaux, protestant, en présence de Jean II de Proisy, seigneur de Mauregny et de Pavert Maurice, ministre du St Evangile[16].
 
Le 18 septembre 1652, David de Proisy (premier de la branche d´Eppes) "reçoit un dénombrement de Marie de Lorraine pour ses terres de Marchais et Liesse où on le qualifie de Mon très honoré seigneur, messire David de Proisy, chevalier chatelain d´Eppe"[17].
 
Claude Leleu nous dit qu´en 1652 "les malheurs prenaient fin, mais la guerre civile commencée en Guyenne contre Mazarin s´étend". Il raconte le siège de Coucy-le-Château, les pillages à Pontavert, à Athies, à Vaucler, à Chambry (Espagnols), les ennemis sont au château de Sissonne [18].
 
Mazarin rentre en France et vient à Laon en 1653. Cette année est celle où "il y a eu le plus de gens de guerre dans le diocèse de Laon" [19]. En septembre 1653, "les troupes de la Ferté furent quelques temps dans les montagnes du Laonnois"[20]. Le 30 septembre Rocroy est prise par les Espagnols et le prince de Condé, qui en resta maître pendant plus de cinq ans. Mais l´armée espagnole sera tenue en échec par l´armée française de Turenne. Cependant l´armée de Rocroy fera de nombreuses incursions dans le Laonnois et jusqu´à la vallée de l´Aisne pendant plusieurs années.
 
Au synode protestant de Charenton de 1653, l´église de Laon est représentée par de Morgny, ancien[21]. Pannier précise qu´il s´agit de "Jean de Proisy, sieur de Morgny" [22]. A ce synode participe également Louis Lausmonier
 
En 1654, Louis XIV dit le Grand, est sacré roi de France à Reims le dimanche 7 juin, par Simon Le Gras, évêque de Soissons ; le siège de Reims étant vacant [23].
 
Le 3 juin 1654, il y eut un violent orage à Laon qui "ruina les bleds gasta les vignes, rompit et déracina les arbres, enleva les combles et abattit des maisons"[24].
 
Leleu note qu´en 1655 "le duc de Condé est venu avec son armée dans le pays Laonnois où il avait fait de grands ravages..." [25].
 
"Sur la fin du mois d´aoust 1655, la garnison de Rocroy fit une course au village de Mauregny qu´elle surprit, elle enleva tout le bétail et fit trente hommes prisonniers. Un habitant qui estoit vêtu de la soutane du curé y fut tué, non sans grande présomption que ce coup n´eut été inspiré par le seigneur du lieu qui estoit de la religion prétendüe réformée et avec qui ledit curé estoit en querelle, ce curé vint à Laon faire la plainte contre ledit Seigneur, s´y constitua prisonnier pour justifier des faits, pour raison de quoy fut informé contre ledit seigneur..." [26]. Rappelons que ce curé s´appelle Simon Hachet. "...Les ennemys estoient continuellement en guet et en embuscade, ils se saisissoient de toutes les personnes qui estoient de la ville, le pélerinage de Notre Dame de Liesse n´estoit nullement sûr, ils venoient jusques aux portes de la ville (de Laon)..." [27].
 
Melleville, nous dit que "Jean II de Proisy fut arrêté en 1656 sous l´inculpation d´avoir appelé la garnison de Rocroy, qui, l´année précédente avait fait trente habitants prisonniers, et avait tué un homme qu´elle prenait pour le curé, parce qu´il avait endossé sa soutane, de Proisy avait eu une querelle avec le même curé" [28].
 
Les deux informations sont complémentaires, et on peut penser qu´elles ont des sources différentes que nous n´avons pas retrouvées.
 
"Le 19 may 1656, le vicomte de Turenne vint à Laon pour rassembler l´armée, il alla le lendemain à Marle..., le 20 may des soldats de l´armée du Roy logés dans les villages de Barenton vinrent au faubourg de St Marcel (Laon) où ils commirent de graves désordres..." [29].
 
En mars 1656, il y a une nouvelle enquête comme en 1596 et en 1651. Il y a trois rapports cette année-là. Un premier rapport note que "... l´armée Loraine des Espagnols sur la rivière d´Aisne a ruiné les doyennés de Neufchastel, Montagut et Bruyères pendant trois septmaines, les prestres mesme qu´ils rencontroient n´ont pu éviter les cruautés, ce ´siroin´ (sic) a esté d´autant plus funeste à ce diocèse que les ... du doyenné susdits tous les vins, les grains et les bestiaux qu´ils rencontrèrent pour les emporter au parc de Château Porcien...". Plus loin, le rapport précise que cent cinquante paroisses ont été complètement abandonnées. Un second rapport recueille le témoignage du sieur Bercotte : "... plusieurs curés du diocèse ont abandonné leurs paroisses lors pour qu´il n´y est point resté de paroissiens ou autour pour qu´ils ne puissent y vivre ... Les villages de Festieux en partye, Courtrizy, Montagut, Aubigny, Berrieux, Amifontaine, Guignicourt, Prouvaix ... bruslés et détruits et inhabités. Il ne lui reste plus rien à Aippes... et depuis huit jours les garnisons de Rocroy, La Capelle, et autres ont fait plusieurs courses au village de Pontavert".
 
Le troisième rapport du 28 mars 1656 publie en cinq pages le témoignage d´Antoine de Bezannes, seigneur de Prouvais, demeurant à présent à Festieux :
 
"29 mars 1656,
 
... sa maison de Prouvay qui a été par plusieurs fois pillée... - ... plusieurs compagnies de gens de guerre n´ayant point fait de difficulté de s´y loger finalement le village de Prouvay a été bruslé pour environ moitié, l´église pillée, les cloches emportées, comme ont été aussi ceulx de Guignicourt, Maineville, Evergnicourt, Berrieux, Vaurseinne, les deux Juvincourt mesme l´église du Grand Juvincourt, Amifontaine ... toute l´église de Berrieux, Aubigny, Montagut, Courtrizy et en partye de Festieux, l´Eglise de ... et une partye du village. L´Eglise et village de Lappion, Veslud, Fay ... destruites et démolies et les faux bourgs de la ville de Laon...
 
... les armées conduites par le Prince de Ligne, le duc Charles de Lorraine et le Prince de Condé... - ... ont emmené plusieurs personnes (de Corbeny) à Rocroy...".
 
Ces deux témoignages concordent, Mauregny a été relativement épargné, est-ce le résultat de la complicité avec le prince de Condé dont nous allons parler ?
 
Le 16 juillet 1656, il y eut une bataille à Chermizy "avec un party de Rocroy... Un autre party de Rocroy revint dans les montagnes pour reprendre les chevaux des cavaliers qui avaient été tués à Chermizy, avec menace de tout mettre à feu et à sang, un cavalier dudit party fut arresté à Bruières, le reste du bagage du maréchal de la Ferté passa au faubourg et fut pris par un party ennemy auprès de Mauregny... "[30].
 
Le 3 mars 1657, "un party de Rocroy vint faire des courses dans le pays... le seigneur de Mauregny de la maison de Proisy fut arrêté à Laon par le Sieur de Beauregard, lieutenant du Roy, accusé d´intelligence avec les ennemys qu´il laissoit passer dans son village sans avertir. La noblesse en fit grand bruit..." [31].
 
Il est bien compréhensible qu´il y ait eu une certaine complicité entre Jean de Proisy et le prince de Condé! Jean de Proisy avait d´ailleurs d´autres contradictions avec les catholiques. Le dénombrement de 1618 mentionne que la seigneurie de Mauregny était chargée de cinquante livres de rente annuelle envers l´abbaye de Vauclair. Un arrêt du Bailliage du Vermandois de 1675 mentionne "six arrest les : 22 décembre 1631 ; 6 avril 1632 ; 21 juin 1636 ; 20 juillet 1636 ; 29 mars 1640 ; 22 juin 1650 ", consacrés à régler cette question qui était encore contestée en 1663 et en 1675, comme nous le verrons ! [32]
 
Le 13 juin 1659, on trouve un procès entre Nicolas Blot, demeurant à Mauregny contre Nicolas Warnier, demeurant à Arrancy [33]. Parmi les pièces citées au procès on touve "un exploit de 1655 fait par Bideleur, sergent (Il est sergent royal à Montaigu). "... la promesse faite par lesdits Blot et Warnier au proffit de Pierre Magnez de Montagut...". La sentence du lieutenant de Mauregny (la justice seigneuriale comprend : le bailli, le lieutenant, le sergent) contre ledit Blot au profit de Pierre Magnez du 15 décembre 1658...
Nous avons condamné le deffendeur païer au demandeur la somme de 21 livres et 65 sols... comme aussi cinq années d´arrérages de la rente de 9 livres 7 sols 6 deniers eschües à la St Martin d´hiver...". Signé : "Bellotte"
 
Le 3 septembre 1659, nouveau procès entre les mêmes. Il y est question de "six pièces de vin au prix de 13 livres 10 sols - quittance du 15 décembre 1653... - ... avons condamné ledit opposant (Warnier) à tous les dépens depuis la dite sentence du 13 juin 1659..." [34].
 
La guerre se termine enfin par le traité des Pyrénées le 7 novembre 1659. Les Espagnols ayant fait des concessions, le prince de Condé est gracié [35].
 
Le 12 avril 1660, le Roy donne un brevet de gentilhomme à Jean II de Proisy [36] et le 12 juillet 1661 Jean II de Proisy est "choisi pour l´un des gentilshommes de la chambre du Roy par lettre de retenue"[37].
 
En 1662, "Jean Bellot, prévôts de la ville de Laon, député à paris pour les affaires de la dite ville obtint arrest contradictoire au conseil par la ... du droit de huitiesme et confirmation du Roy pour l´exemption des tailles, la disette cependant estoit si grande en la ville et à la campagne que le grain estoit d´un prix excessif, ce qui causoit des clameurs et des séditions parmi les pauvres qui se trouvoient dans cet énorme besoin "[38].
 
En 1663, On décide "...l´establissement d´un hospital général dans la ville épiscopale (Laon -NDLR) estoit d´une nécessité absolue pour empescher l´oisiveté des pauvres et la perte de leurs ames qui lui est une suite inséparable..." [39].
 
Le 31 octobre 1663, "Jacques Vignon, procureur et adjudicateur au bail judiciaire de la terre et seigneurie de Mauregny, contre les religieux, abbé et couvent de l´abbaye de Vauclerc, et Jean Beffroy, commissaire établi à la dite terre et seigneurie de Mauregny ; Pierre Doulat, partie intervenante : procès sur les redevances de la seigneurie de Mauregny" [40]. La contestation entre le seigneur protestant et les religieux de Vauclair continue [41].
 
Or, un Jacques Vignon représente l´église réformée de Laon en 1667 [42]. Il en est de même au synode de la Ferté au Cel du 16 avril 1657 [43].
 
En 1663, "Louis XIV a nommé Jean II de Proisy commissaire de l´Edit de Nantes en Soissonnais. L´année suivante, membre de la commission royale chargée de procéder à des enquêtes sur les contraventions à cet Edit"[44]. Cette commission comprenait aussi Claude Leclerc, catholique, lieutenant général du bailliage, Nicolas Desmonts, chanoine de la cathédrale requérait. L´attitude de Jean de Proisy fut critiquée par des protestants, mais Douen affirme [45] :
 
"Il est faux de dire qu´il ait trahi la cause des églises en 1663. Le procès verbal des opérations des deux commissaires en est la preuve évidente...
 
Leclerc et de Proisy commencèrent le 5 Novembre (1663) la visite de tous les lieux de la généralité où se tenaient des assemblées, accompagnés de Nicolas Desmons, chanoine, official et député du diocèse de Laon ; c´était l´accusateur public du protestantisme.
 
Desmons demanda d´abord que de Beaumont pasteur à Laon ne put plus recevoir de pensionnaires, conformément à l´arrêt de 1635, et à celui du 23 janvier 1637 qui interdit à de Rome, maître d´école à Claye, d´instruire désormais la jeunesse. Les deux commissaires tombèrent d´accord pour accorder ce point. Il en fut de même quand l´official demanda : que les enterrements protestants ne pussent se faire qu´au soleil levant et au soleil couchant, et qu´il fût interdit aux réformés de s´assembler dans des maisons particulières pour y faire prières et chants de psaumes à haute voix de manière à être entendus des voisins et des passants.
 
Les commissaires furent au contraire partagés lorsqu´il s´agit d´obligergles protestants à tendre leurs maisons pour le passage de la procession le jour de la Fête-Dieu. Sur l´interdiction du culte dans la ville de Crépy, demandée par l´official, il y eut encore partage, de Beaumont soutenant que le droit de célébrer le culte dans la ville avait été accordé par Charles IX le dernier juillet 1568.
 
L´official voulant faire défendre à de Beaumont de prêcher dans la maison du sieur d´Eppes haut justicier, les commissaires furent encore d´avis contraire.
 
Desmons se plaignant vivement « des prêches et assemblées considérables faits dans des maisons particulières aux environs de Guise, la Capelle, Vervins et autres lieux limitrophes, » les commissaires se transportèrent le 10 novembre à la rue des Bœufs dans la maison de Daniel Billet[46] où se tenaient des réunions de cinq, douze, et tantôt vingt personnes. On y trouva douze bancs. Billet prétendit que ses coreligionnaires étaient en possession du droit d´exercice depuis 1596 et 1597. L´official demandait l´interdiction ; il y eut partage.  
 
Le dimanche 11, les commissaires se rendirent dans le temple de Gercis, d´où ils virent sortir cinq à six cents personnes. Il était situé en dehors des fossés du château et avait soixante-dix pieds de long sur quarante de large. L´official en demandait la démolition ; après la réplique de Samuel Georges qui fit valoir que ce temple était le seul de la Thiérache, les commissaires furent encore partagés.
 
Le même jour ils se rendirent à Fontaine chez le sieur de Leval, dans la maison duquel se tenait une assemblée présidée par le ministre Georges ; l´official demandant l´interdiction de l´assemblée et qu´on ne permît plus à Georges d´y officier, les commissaires furent d´avis opposés.
 
Le 12, ils allèrent à Lemé, dont les abbés de Foigny étaient encore seigneurs. Ils trouvèrent dans l´école dirigée par Martin Coche, vingt-trois écoliers des deux sexes apprenant à lire dans les Psaumes de Clément Marot ; de là ils se transportèrent « sur un héritage appartenant à Marie Guillot, faisant profession de la R. P. R. dans la rue des Bohins, où leur fut montré un lieu fait en appentis contenant environ quarante pieds de long et quatorze de large, où s´assemblaient, les dimanches, ceux de la R.P.R. qui n´allaient pas à Gercis, » au nombre de cinquante, soixante ou cent personnes. Georges maintint que l´on avait le droit de s´y réunir, puisque le culte y était célébré un an avant l´Edit de Nantes. L´official demandait comme toujours l´interdiction, sur quoi il s´éleva une vive altercation entre les commissaires, Leclerc défendant par provision d´y célébrer le culte jusqu´à ce que le roi eût vidé le partage, et de Proisy ordonnant au contraire, aux fidèles de Lemé de continuer leurs assemblées jusqu´à la décision royale.
Le 13, les commissaires allèrent à Leval, où on leur montra un jardin de quatre à cinq verges qui servait de lieu de réunion, le temple ayant été détruit pendant la guerre. Pierre Garde, ancien, répliqua à l´official demandant l´interdiction, et les commissaires furent de nouveau partagés.
 
Il y eut encore partage relativement à la démolition du temple de Coucy-la-ville, qui ne se trouvait qu´à cent dix pas de l´église catholique, et où les pèlerins entraient quelquefois au lieu d´accomplir leur pèlerinage ; Jacques Vignon, ancien, répliqua à l´official.
 
Les commissaires se trouvèrent ensuite d´accord pour un règlement général, qui ordonnait aux protestants de se découvrir devant le saint sacrement, d´observer les fêtes indictes, aux ministres de tenir des registres des naissances, mariages et inhumations, qu´ils devaient représenter de trois en trois mois. Ce règlement dispensait les réformés de recevoir les exhortations des curés pendant leurs maladies, et les ministres, des tailles et logement des gens de guerre. (Arch., TT. 323.)
 
Le 22 septembre 1664, à la sollicitation de César d´Estrées, évêque de Laon ; de Nicolas Desmons, député du diocèse, et «de Camille de Neufville[47], prieur des Bernardins de Foigny, malgré les contestations de de Beaumont, Jacques Vignon, procureur et ancien, Pierre Lagarde et autres de Laon, de Samuel Georges, etc., le roi vidant le partage des commissaires, en son conseil d´Etat, donna l´arrêt suivant :
 
1.    Sa Majesté fait très expresses inhibitions et défenses aux habitants de la R.P.R. des lieux de Landouzy, Gercis[48], Lemé (rue des Bohins) et Leval, d´y faire dorénavant aucun exercice de ladite R.P.R., sous quelque prétexte que ce soit ; même au sieur de Leval, dans sa maison de Fontaine-lès-Vervins ; et à ceux de Lémé d´y tenir un maître d´école, sur peine à tous de désobéissance. A cette fin lesdits sieurs commissaires se transporteront sur les lieux, pour ôter les marques et les bancs qui y peuvent être. Ordonne Sa Majesté que les habitants de ladite R.P.R. du lieu de Gercis démoliront leur temple jusques aux fondements, dans un mois après la signification du présent arrêt, moyennant quoi ils prendront les matériaux pour en disposer comme bon leur semblera ; autrement, et à faute de ce faire dans ledit temps et icelui passé, permet Sa Majesté au syndic du diocèse de Laon, et habitants catholiques dudit lieu, de faire faire ladite démolition aux frais et dépens de ceux de ladite R.P.R., sauf au seigneur dudit lieu de Gercis, de faire l´exercice d´icelle dans son château pour sa famille et le nombre de trente personnes seulement, conformément au huitième article de l´Edit de Nantes.
 
2.    Ordonne Sa Majesté à l´égard de Crépy, que dans un mois les habitants de la R.P.R. se retireront au faubourg dans lequel le juge leur marquera une maison commode pour y faire l´exercice de ladite R.P.R., jusqu´à ce qu´ils puissent bâtir un temple ; leur faisant cependant défenses de faire dès à présent ledit exercice dans ladite ville de Crépy.
 
3.    Comme aussi fait ladite Majesté défenses à ceux de la R.P.R. de Laon de s´assembler en maisons particulières pour y faire prières et chanter les psaumes à haute voix. Et au nommé Beaumont, ministre de Crépy, de faire sa résidence en ladite ville de Laon. Enjoint à lui de se retirer incessamment en celle de Crépy, lieu de son ministère, où il ne pourra tenir aucuns pensionnaires que de ladite R.P.R. et au nombre de deux seulement.
 
4.    Ordonne Sa Majesté, conformément à l´avis desdits sieurs commissaires, que lesdits de la R.P.R. ne pourront exposer leurs corps morts au-devant des portes de leurs maisons, ni faire leurs enterrements ès lieux où l´exercice de ladite R.P.R. n´est point permis, que dès le matin à la pointe du jour, ou le soir à l´entrée de la nuit, conformément aux arrêts du conseil d´Etat du 7 août et 13 novembre 1662 sans qu´il y puisse assister plus de dix personnes des parents et amis des défunts, suivant les édits. Et pour les lieux où l´exercice public est permis, lesdits enterrements s´y feront depuis le mois d´avril jusques à la fin de septembre, à six heures précises du matin et à six heures du soir ; et depuis le mois d´octobre jusques à la fin de mars, à huit heures du matin et à quatre heures du soir. Et aux convois se trouveront, si bon leur semble, les plus proches parents du défunt, et jusques au nombre de trente personnes seulement, eux compris ; avec défenses aux ministres de ladite R.P.R. de faire des exhortations et consolations dans les rues à l´occasion desdits enterrements, ni sous quelque prétexte que ce soit, conformément à l´arrêt du conseil d´Etat du 19 mars 1663.
 
5.    Que lesdits de la R.P.R. rencontrant le saint sacrement dans les rues, pour être porté aux malades ou autrement, seront tenus de se retirer promptement, au son de la cloche qui le précède, ou de se mettre en état de respect, en levant pour les hommes le chapeau, avec défenses de paraître aux portes, boutiques et fenêtres de leurs maisons, lorsque le saint sacrement passera, s´ils ne veulent se mettre en état de respect.
 
6.     Que ceux de ladite R.P.R. garderont et observeront les fêtes indites par l´Eglise, conformément à l´art. 20 de l´Edit de Nantes.
 
7.    Qu´ils souffriront qu´il soit tendu devant leurs maisons et autres endroits à eux appartenant, par l´autorité des officiers des lieux, les jours de fêtes ordonnées pour ce faire, sans contribuer aucune chose pour ce regard, conformément à l´art. 3 des particuliers de l´Edit de Nantes ; mais seront seulement tenus lesdits de la R.P.R. de faire nettoyer devant leurs portes.
 
8.    Ne pourront lesdits de la R.P.R., étaler ou débiter publiquement de la viande, aux jours que l´Eglise catholique en ordonne l´abstinence ; mais en pourront acheter pendant le carême pour leur nourriture et celle de leur famille, sans néanmoins en pouvoir administrer aux catholiques.
 
9.    Que les ministres tiendront registre des baptêmes et mariages qui se feront entre lesdits de la R.P.R, et en fourniront de trois en trois mois un extrait au greffe des bailliages.
 
10.Que tous prédicateurs, ministres, et tous autres qui parlent en public, n´useront d´aucuns discours ou propos injurieux ni séditieux, ainsi se contiendront et comporteront modestement suivant l´art. 17 de l´Edit de Nantes.
 
11.Que lesdits de la R.P.R. pourront demeurer dans les lieux que bon leur semblera, et seront admis à tous arts libéraux et méchaniques, conformément à l´art. 27 de l´Edit de Nantes, si ce n´est qu´il y ait usage au contraire.
 
12.Que lesdits de la R.P.R. étant malades ou proches de la mort ne seront tenus de recevoir exhortations que de leurs ministres, si ce n´est qu´ils appellent quelques ecclésiastiques ou religieux : lesquels en ce caspourront entrer sans aucun empêchement dans les maisons des malades, accompagnés d´un magistrat ou d´un échevin du lieu. Permis néanmoins aux curés des lieux, assisté du juge ou échevin, de se présenter au malade pour savoir de lui s´il veut mourir en la profession de la R.P.R., ou non, et après sa déclaration se retirera.
 
13.Que les ministres de la R.P.R. jouiront par grâce de l´exemption des tailles dans les lieux de leur exercice, et où les tailles ne sont point réelles ; comme aussi du guet, garde, logement des gens de guerre, tutelle, curatelle, et de la garde de biens saisis.
 
14.Qu´un même ministre ne pourra prêcher en divers lieux, quoique l´exercice y soit permis, et ne pourra demeurer, pendant son ministère, qu´au lieu où il devra en faire la fonction, suivant la déclaration du mois de décembre 1634, regîtrée où besoin a été, et arrêt du conseil du 11 janvier 1657 et autres depuis rendus sur ce sujet.
 
15.Fait en outre ladite Majesté défenses auxdits ministres de faire aucun mariage entre personnes catholiques et de la R.P.R. lorsqu´il y aura opposition, jusques à ce que ladite opposition ait été vidée.
 
16.Comme aussi aux pères et mères, tuteurs, parents et amis desdits de la R.P.R. de maltraiter leurs enfants et pupilles, lorsqu´ils voudront aller à l´église pour se faire instruire, et se convertir à la foi catholique ; laquelle conversion ils auront liberté de faire, savoir les mâles à l´âge de quatorze ans, et les filles à l´âge de douze ans, ainsi qu´il est porté par les arrêts du conseil donnés sur ce sujet, leur permettant Sa Majesté après ladite conversion de se faire émanciper, avec obligation aux pères, mères et tuteurs de leur fournir les aliments nécessaires, selon leurs facultés et conditions, en se retirant en lieux honnêtes pour éviter la subversion.
           
Veut et entend Sa Majesté, que les faits généraux mentionnés au présent arrêt, servent à l´avenir de règlement, tant en la province de Picardie que partout ailleurs, et qu´à cette fin il soit lu et publié partout où besoin sera.
           
Fait en conseil d´Etat du roi, Sa Majesté y étant, tenu à Vincennes le vingt-deuxième jour de septembre 1664.         PHELYPEAUX".
 
Au synode de Vitre-le-François en 1663, l´église de Laon est représentée par Pierre de Beaumont, pasteur et David de Proisy ancien[49].
 
En 1664, Robert Bideleur est sergent royal, Jean Bideleur est notaire royal, tous deux au village de Montaigu [50].
 
Combier résume une sentence du bailliage du 3 mai 1664 :
 
" plusieurs personnes convaincues d´avoir vagabondé, déguisés en Egyptiens et participé à deux vols. L´une d´elles, battue et flétrie. Tous bannis du royaume à perpétuité. Défense à tous gentilhommes, maires et officiers des lieux de souffrir, ni donner logement à toutes personnes déguisées en Egyptiens dans l´étendue de leurs seigneuries et juridictions. Lecture du jugement à Mauregny, Goudelancourt et autres lieux"[51].
 
Notons que c´est en 1664, donc en période de ´normalisation´ après les longues guerres, qu´a été faite la copie du bail de perception de la dîme à Simon Hachet. Nous ne trouvons de nouvelles traces de la dîme qu´en 1688, avec d´importants changements dont nous parlerons.
 
Le 13 juin 1659, on trouve un procès entre Nicolas Blot, demeurant à Mauregny contre Nicolas Warnier, demeurant à Arrancy. Parmi les pièces citées au procès, on trouve "un exploit de 1655 fait par Bideleur, sergent (il est sergent royal à Montaigu).
... la promesse faite par lesdits Blot et Warnier au proffit de Pierre Magnez de Montagut...
 
La sentence du lieutenant de Mauregny[52] contre ledit Blot au proffit de Pierre Magnez du 15 décembre 1658...
 
Nous avons condamné le deffendeur païer au demandeur la somme de vingt et une livres et soixante-cinq sols... comme aussi cinq années d´arrérages de la rente de neuf livres sept sols six deniers eschües à la St Martin d´hiver...
Signé : Belotte" [53].
 
Le 3 septembre 1659, nouveau procès entre les même. Il y est question de "six pièces de vin au prix de 13 livres 10 sols - quittance du 15 décembre 1653...
...avons condamné ledit opposant[54] à tous les dépens depuis la dite sentence du 13 juin 1659..."[55].
En 1665, on trouve un procès entre Jean de Martigny et Simon Hachet, curé de Mauregny et Jeanne Souin [56], Veuve Pinguis, demeurant à Reims - vente d´arbres [57].
 
En 1665, ce sont Paul Coullez, pasteur et l´ancien David de Proisy (branche d´Eppes) qui représentent l´église de Laon au synode protestant de Vitry [58].
 
En 1667, Jean II de Proisy (Branche de Mauregny), est "maintenu dans sa noblesse par Dorieu" [59].
 
Dans la même année, l´église de Morgny est représentée au synode de Clermont par Paul Coullez pasteur et David de Proisy, seigneur d´Eppes comme ancien de Mauregny [60] et l´église de Laon par Jacques Vignon, ancien [61]. C´est la seule mention d´une communauté protestante avec son pasteur à Mauregny.
 
Le 9 janvier 1668, il y a "un traité entre les abbé et couvent de Vauclair et le seigneur de Mauregny pour rendre cinq années d´arrérages de dix muids de vin... et la continuation à l´advenir... pour raison de ladite prestation annuelle... réduite et fixée à prix de cent livres par chacun an, du consentement du dit seigneur de Mauregny..." [62].
 
Le 4 juin 1668, il y a un acte de Pierre Revela et Jean (Fouan ?), vigneron, demeurant à Mauregny contre Jean de Proisy, chevalier, seigneur de Mauregny [63].
 
En 1667, il y a un autre procès entre Simon Hachet, curé de Mauregny et Jean de Proisy, chevalier, seigneur de Mauregny à propos de dîmes de foin, de poulets et de brebis [64]. Malheureusement ce document a disparu. Il est compréhensible qu´il y ait eu des problèmes à propos de dîmes. Douen précise que l´Edit de Nantes obligeait les protestants à "payer la dîme au clergé catholique" [65].
 
Un autre document très court, daté du "18 aoust 1666" a été retrouvé.
 
"Simon Hachet, prestre curé de Morgny, demandeur, contre Jacques Vignon deffendeur.
Nous avons fait droit à la requeste du demandeur, avons ordonné que ledit Vignon baillera Vendredi prochain ....illisible.... au procès par ledit seigneur de Morgny pour ..... par ledit demandeur qui par production estoit authorizé ...[66]" (suivent des détails de procédures). Il s´agit probablement du début de l´affaire dont le jugement a été résumé par Combier.
 
Leleu nous raconte quelques mesures prises à Laon pour éviter la peste qui est à Soissons en 1667/1668 [67]. Il note que "pendant le mois de may 1668, il tombe des neiges en si prodigieuse quantité et fut un froid des plus violents, ce qui laissa espérer que la peste ne se propagera point" [68]. Mais le 27 juillet, la peste se fait sentir à Laon. On y fait des prières et des processions. Nous ne savons pas si cette épidémie est plus importante que les précédentes, mais elle a laissé plus de traces écrites.
 
Un conseil de santé est mis en place à Laon en mai. Les douze conseillers ont des pouvoirs d´exception avec des homologues suscités à Liesse, Marchais, Gizy, Athies et Samoussy. La principale mesure consiste à couper toutes communications avec les villes infectées et à interdire toute circulation sans autorisation écrite. Les malades détectés sont isolés. Les marchandises sont stockées à l´extérieur des villes, les "laines, estoupes, cotons et fourrures" sont brûlés [69].
 
Le 27 juillet 1668, le conseil de santé de Liesse écrit à celui de Laon :
 
"... nous nous précautionnons davantage à cause des grandes chaleurs qui règnent, nous avons fait itératif commandement à tous les habitants de tenir leurs maisons et rues nettes et de se défaire de toutes sortes d´animaux qui pourroient causer quelque putréfaction, ce quy sobserve rigoureusement".
 
Le 8 aout 1668, au conseil de Santé de Laon :
 
"Par la grâce de dieu, il ny a rien de nouveau icy et nous continuons de nous précautionner autant qu´il nous est possible affin de nous conserver ainsy que nous avons fait jusqu´à présent. C´est de quoy nous vous donnons advis, l´on parle icy dernièrement de la ville de Reims et nous attendons l´ordonnance qu´il vous plaira prescrire à ce subject et prions Dieu qu´il vous conserve.
Nos très humbles et affectionnés serviteurs les dépputés du Conseil de santé de Liesse".
 
Une circulaire imprimée précise que Reims n´est pas sur la liste des villes interdites.
 
"Louis de Bourbon, prince de Condé, en rendant en 1668 foy et hommage de ses terres de Liesse et Marchais qui relèvent de la baronnie d´Eppes, donna une grande médaille en argent de vingt-sept lignes [70] de diamètre pour marquer la considération qu´il avait pour David I de Proisy d´Eppes" [71].     
 
Le 26 juin 1669,
 
"Messire Jean de Proisy, seigneur de Maurigny se plaint de ce que Pierre Bro, manouvrier à Berrieux, qui s´était loué comme maître-valet de charrue, a quitté sans cause son service. Il demande au juge que Bro soit condamné à lui continuer son service et il fait saisir sur Bro des empouilles et les fruits de trois pièces de vignes.
 
Bro reconnaît qu´il s´était loué pour huit mois, de mars à la Saint-Martin d´hiver, moyennant huit livres seize sols par mois, payables par quartier, de trois mois en trois mois, et, en outre, un chapeau de trente sols, et nourri comme les serviteurs de sa qualité. Il l´avait servi très bien jusqu´en juin. Mais ledit seigneur l´ayant maltraité, battu, molesté en son château, blessé de coups de pied et de bâton, olffensé et mal nourri, sans cause, il l´avait quitté. Il se plaint, d´une manière générale, que les seigneurs excèdent beaucoup de leur pouvoir sur leurs pauvres domestiques" [72].
 
Le 5 octobre 1669, Jean II de Proisy vend à David I de Proisy d´Eppes la terre et seigneurie de Saint-Jean d´Aubigny par contrat passé devant Monseignat et constant, notaires à Laon, pour le prix de 8.000 livres comme en témoigne la "signification" faite le 10 février 1674 [73]. Cette vente n´était pas connue de Maxime de Sars.
 
En 1669, David I de Proisy d´Eppes représente l´église de Laon comme ancien au synode de Charenton [74].
 
Le 13 septembre 1669, Jean II de Proisy intente un procès à Charles Marchand, meusnier, demeurant au village de Suzi, pour des dettes sur le bail des deux moulins banaux de Mauregny, sur la base d´un acte de la justice de Mauregny du 6 may 1664 [75].
 
En 1670, un dénommé Claude Barenton est qualifié de maître d´hôtel de Monsieur de Morgny demeurant à Marchais [76].
 
En 1672, David I de Proisy d´Eppes "passa à Portalinton en Irlande à cause de la religion prétendue réformée dont il faisoit profession" [77].
 
Son successeur porte le même prénom.
 
En 1672, Combier cite un acte des marguilliers de Mauregny contre leur curé [78].
 
Un certain nombre d´articles de plaids généraux de la Justices seigneuriales de Coucy-lès-Eppes et Mauregny du 18 novembre 1783 font référence à des lois de 1669. En voici la liste qui donne une idée des contraintes imposées à nos ancêtres paysans : [79]
 
Article - 26 :
           
Toutes les personnes trouvées dans les bois durant la nuit hors des routes et chemins avec serpe, hache, scie ou cognée seront outre la confiscation des dits outils condamnés pour la première fois à 6 Livres d’amende et à 20 Livres pour la seconde conformément à l’article 34 du titre 7 de la police et conservation des Eaux et Forêts de 1669.
 
Article - 29 :
           
Faisons défense de couper et amasser des herbages dans les bois à peine de 5 Livres d’amende pour chaque fois à c.. , 20 Livres pour chaque cheval ou bourrique,40 Livres pour charroi outre la confiscation des dites et charrois « contoirement » à l’article 12 titre 32 de la dite ordonnance.
 
Article - 30 :
           
Faisons défense à toutes personnes d’abattre à la glander fênes et autres fruits des arbres dans quelques bois que ce soit puissent être même de les amasser et emporter quand ils sont tombés sous peine de 100 Livres d’amende, conformément
à l’article 27 titre 27 de la dite ordonnance.
 
Article - 31 :
           
Défense à toutes personnes de porter et allumer du feu en quelque saison que ce soit dans les bois sous peine de punition corporelle et d’amende arbitraire outre la réparation du dommage que l’incendiaire pourroit avoir occasionné conformément à l’article du dit titre 27 de la police et conservation.
 
Article - 33 :
           
Outre les amendes ci-dessus énoncées les dommages seront adjugés de tous délits à moins à pareille somme que portera l’amende conformément à l’article 8 titre 32 de la dite ordonnance.
 
Article - 44 :
           
Deffense à toutes personnes de quelque qualité et condition qu´elles soient de chasser dans l’étendue desdites terres à peine de 100 Livres d’amende, à moins qu’il n´ait une permission prescrite du seigneur, laquelle sera enregistrée dans la huitaine (8) au greffe des justices desdittes seigneuries conformément à l’ordonnance de 1669.
 
Article - 45 :
           
Deffense à toutes personnes de tendre des lacs, tirasses, bricoles de corde et fil d’archal, à peine de fouet pour la première fois et en 30 Livres d’amende, et pour la seconde fois fustigés, flétris et bannis pour 5 ans hors de l’étendue de la Maîtrise de Laon conformément à l’ordonnance de 1669, Titre 30 Article 12.
 


[1] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 502
[2] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, pages 618
[3] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, pages 611
[4] Combier - Etude sur le Bailliage du Vermandois, p. 586
[5] Arch. Départ. Aisne - H 260 - Copie collationnée extraite du grand catalogue
[6] Généalogie de la famille de Proisy
[7] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI, p. 391
[8] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI, p. 391
[9] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI, p. 389
[10] Histoire de Laon - Privat ; page 156
[11] Histoire de Laon - Privat ; page 157
[12] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 503
[13] J.Y. Sureau - 1985 - St-Erme Outre et Ramecourt - T. I ; page 91
[14] Archive publiée en partie par J.Y. Sureau - 1985 - St-Erme Outre et Ramecourt - T. I ; page 91 et 92, qui publié le témoignage de Berrieux.
[15] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, pages 649
[16] Généalogie de la famille de Proisy
[17] Généalogie de la famille de Proisy
[18] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, pages 654 à 657
[19] Fleury - Société Académique Laon , T. VII, page 77
[20] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, pages 663
[21] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860, page 46 DHL
[22] Pannier : Eglise réformée de Laon et Crépy - 1925
[23] REIMS - La ville des sacres par le Baron Isidore TAYLOR - 1860, page 198
[24] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 664
[25] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 666
[26] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 667
[27] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 667
[28] Melleville - Dictionnaire Historique du Départ. Aisne - 1865 - p. 89
[29] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 693
[30] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 694
[31] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 699
[32] Voir Sous-chapitre 3.2.4 - Les procès de Jean de Proisy de 1675 à 1680 - 2 septembre 1675
[33] Bailliage du Vermandois
[34] Bailliage du Vermandois
[35] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 547
[36] Généalogie de la famille de Proisy
[37] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI, p. 391
[38] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 732
[39] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 738
[40] Combier - Archives du greffe de Laon, page 64
[41] Combier - Archives du greffe de Laon, page 69 et 85
[42] Pannier : Eglise réformée de Laon et Crépy - 1925; page 15
[43] Paul Beuzart - Le Protestantisme en Thiérache - 1931
[44] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI, p. 391
[45] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860, page 48 à 53 
[46] C´est peut-être Billot, au lieu de Billet ; je n´ai pu m´en assurer, le manuscrit étant difficile à lire
[47] Il y eut une famille protestante de ce nom à Abbeville ; l´un de ses membres, percé de coups à la Saint-Barthélemy, fut sauvé par Tavannes. Deux autres figurent comme anciens d´Abbeville aux synodes de Charanton de 1669 et 1672.
[48] Ce n´est ici que la révocation du privilège accordé en 1612, par Louis XIII, aux fidèles du comté de Marle.
[49] Paul Beuzart - Le Protestantisme en Thiérache - 1931, page 123
[50] Bailliage du Vermandois
[51] Combier - Archives du greffe de Laon, page 53
[52] La justice seigneuriale comprend : le bailli, le lieutenant et le sergent
[53] Bailliage du Vermandois
[54] Warnier
[55] Bailliage du Vermandois
[56] Jeanne Souyn épouse de Adam Pinguis ecuyer, propriétaire du fief du Bois Fays
[57] Combier - Etude sur le Bailliage du Vermandois, p. 592
[58] Pannier : Eglise réformée de Laon et Crépy - 1925, page 15
[59] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI, p. 391
[60] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860, page 58 et Maxime de Sars : Le Laonnois féodal ; T.III ; page 237 et 238
[61] Pannier : Eglise réformée de Laon et Crépy - 1925, page 15
[62] Bailliage du Vermandois, Voir sous-chapitre 3.2.4 - Les procès de Jean de Proisy, 2 septembre 1675.
[63] Bailliage du Vermandois
[64] Combier - Archives du greffe de Laon, page 596
[65] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860, page 37 DHL
[66] Bailliage du Vermandois
[67] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, pages 778 et 779
[68] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 780
[69] Histoire de Laon - Edition Privat ; 1987 ; page 158
[70] douzième partie du pouce soit 2,255 mm : la médaille avait un diamètre de 60,885 mm
[71] Généalogie de la famille de Proisy
[72] Combier : Les justices subalternes du Vermandois ; page 120
[73] Bailliage du Vermandois
[74] Paul Beuzart - Le Protestantisme en Thiérache - 1931
[75] Bailliage du Vermandois
[76] Monographie des communes du canton de Sissonne - J.Y. Sureau - 1985 - page 181
[77] Généalogie de la famille de Proisy
[78] Combier - Etude sur le Bailliage du Vermandois, p. 571
[79] Bailliage du Vermandois

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par Gilbert Delbrayelle

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