Mauregny,Un village, une histoire

Le XIIIe Siècle

  Les documents sont encore plus confus et incertains qu´au XIIe siècle. Seuls deux auteurs donnent deux noms qualifiés "Seigneur" de Mauregny. Ce qui est par contre certain, c´est l´existence d´une famille appelée "de Mauregny", et qui a des liens avec celle de Montchâlons. De plus, il y a un document concernant la dîme de Mauregny.
 
            Au début du siècle, Melleville [1] nous dit que :
 
            "Simon de Montchâlons prend, dès 1217, les titres de sire de Mauregny et de prévôt héréditaire du Laonnois (1).
 
 (1) La charge de prévôt héréditaire du Laonnois parait avoir été possédée dès le XIIe siècle par les sires de Mauregny. Mais au commencement du siècle suivant, elle était dans les mains des seigneurs de Valavergny, qui sans aucun doute sortaient de la maison de Montchâlons. On ne peut aujourd´hui établir cette parenté ; mais elle est mise hors de doute par ce seul fait que les seigneurs de Valavergny portaient des armes identiquement semblables à celles des seigneurs de Mauregny. Les archives de l´Aisne possèdent encore (titres du clergé, liasse 67), un sceau de Simon II, seigneur de Valavergny, lequel représente un écusson chargé de trois pals de vair avec un lion passant sur le premier quartier, armes de tout point semblables à celles des seigneurs de Mauregny.
 
            Nous ignorons également les actions de sa vie, le nom de sa femme et ceux de ces enfants s´il en a eu.
 
            Aussi, ne pouvons-nous affirmer que deux particuliers nommés André et Jean, chevaliers, qui prennent, en 1227, le titre de seigneurs de Mauregny, aient été ses héritiers."
 
Ce Simon de Mauregny est-il le même que celui dont Duchesne nous dit qu´il est prévôt de Laonnois en 1286 ?
 
            Nous n´avons aucune autre trace d´André, par contre, il y a plusieurs documents mentionnant Jean de Mauregny de 1221 à 1237.
 
            On trouve en 1221, un acte , que Matton résume ainsi :
 
            "Acte par lequel Jean de Mauregny, chanoine de Saint-Lambert de Liège, reconnaît que l´abbaye de Saint-Vincent possède les dîmes novales de Mauregny à titre de patronage [H 259] " [2]
 
          La dîme novale porte sur des fonds nouvellement cultivés ou nouvellement chargés de fruits décimables.
               
Au XVIIIe siècle, cet acte est résumé ainsi :
 
            "Mauregny Layette
            Acte fait devant l´abbé de Lesslen et deux chanoines de digne commissaires du Pape à ce sujet, par lequel Jean de Mauregny chanoine de Liège reconnoit que l´abbaye de Saint-Vincent à les dixmes novales de Mauregny et renonce aux prétentions qu´il croioit avoir sur lesdites dixmes à cause de la donation que lui en avoit fait l´évêque de Laon.
 
(en marge)        Comme aïant le patronage et les dixmes altare et jus patronatus" [3].
 
            En 1227, Melleville mentionne Jean et André seigneurs de Mauregny sans donner aucune référence !
 
            En 1232, Jacques de Montchâlons accorda aux mayeurs, jurés et communauté de Cheret. Cet acte fut approuvé par Clarembaud de Roucy et Jean de Morigny (Mauregny)[4].
 
            Ce fait est aussi cité par Matton à partir d´un autre document [5].
 
            "Abandon par Jacques, seigneur de Montchâlons aux habitants de Bruyères du droit de pâturage sur la montagne de Chéret avec l´approbation de Clarembaud de Ruffi[6] et de Jean de Mauregny. (1232 - copie collationnée de 1787)."
 
            Enfin, "le droit de justice fut implicitement reconnu par le comte de Roucy, seigneur de Pierrepont, lorsqu´il pria le chapitre par lettre du 8 mars 1237 de faire délivrer par ses officiers à Jean de Mauregny (Moureni) chevalier, tout ce qu´il avait cédé dans un fief à Athies, au sujet duquel il était en désaccord avec dame Marie de Charmes"[7].
Comme nous l´avons déjà vu, la dîme de Mauregny a été donnée par l´évêque à l´abbaye de Saint-Vincent de Laon. Mais le chapitre de la cathédrale de Laon conservait des droits et revenus à percevoir à Mauregny, revenus dont nous ignorons l´importance et la nature. Auguste Bouxin a étudié les Prévôtés du chapitre de la cathédrale de Laon au XIIIe siècle [8]. Il dit que :
 
"les biens du chapitre étaient alors divisés en seize prévôtés et une partie des revenus (revenus en nature et en argent, dîmes, droits sur les maisons, les fours, les granges, les moulins, etc...) servait à constituer les bénéfices ou prébendes" [9].
 
En 1217, la prévôté d´Athies, divisée en quatre prébendes, possède des droits en nature et en deniers ou argent à Mauregny [10]. Il en est de même en 1227. Outre Mauregny, la prévôté d´Athies possède des droits à Marchais, Sissonne, Aubigny, Chaceni[11], Coucy-Vilain[12], Montaigu et Grandlud.
 
            Nous trouvons ensuite Jacques de Mauregny de 1252 à 1281. En comparant les dates, on peut penser qu´il s´agit d´un descendant de Jean de Mauregny (fils ?).
 
            Dans son livre sur l´hôtel-Dieu de Laon, Alain Saint-Denis note parmi les sœurs de la communauté hospitalière de Notre-Dame : Asceline de Mauregny [13] de 1250 à 1255 (plus de 15 ans de service).
 
En 1252, il précise :
 
            "Les quelques noms de soeurs qui nous sont parvenus confirment la modestie des familles d´origine : Fayel, Mauregny. Celles-ci affectaient néanmoins à l´entretien de la postulante des revenus d´une certaine importance en argent ou en blé".
 
Dans son livre sur le Laonnois au XIIIe siècle, il note que :
 
            "des chevaliers de villages (Fayel, Mauregny) mettaient l´une de leurs filles au service des pauvres et affectaient une rente à son entretien"[14].
 
            En 1259, il note que :
 
            "Asceline de Mauregny, fille de Jacques de Mauregny, s´oppose avec les maîtres et frères de l´hôpital, à sa sœur. A l´issue du procès, elle recevra 18 LL 1/2 par chaque année"[15].
           
En 1275, il rapporte que :
 
            "Messire Jacques de Mauregny, père de Asceline doit annuellement à l´hôpital dix livres sur sa terre"[16].
 
            En décembre 1280, nous retrouvons Jacques de Mauregny dans une source différente : est-ce le même ?
 
            " Les moines (de Saint-Remy de Reims) achetèrent à Jacques de Mourreny, chevalier, en décembre 1280, pour 30 livres tournois un droit de vinage de trois muids et demi de vin, mesure de Craonne, cens de douze deniers parisis et des rentes se montant au sixième de trois quartels de froment, de deux quartels de seigle et de huit jalois d´avoine"[17].
 
            Cet acte n´est pas l´original, c´est une copie en français sur parchemin avec un sceau de cire verte représentant une tiare d’évêque.
 
            "A tous ceux qui ces présentes lettres verront et auront / Je Jacques de mourreni Chevalier salut en notre seigneur. Sachent tout / que j´ai pour mon profit / ai vendu / délivré / et quitté à toujours et pmanablement / à Religieux hommes / à l´abbé et au couvent de sait Remi de Reims. ¨Trois muids et quartés de froment et la siste partie de deux quartés de soile./ La siste partie debbit jalois d´avoine de rente chaque an / que j´avais assené chaque année sur plusieurs possessions céans en la ville et ou sur le terroir de Craonne./ et toutes autres choses / que j´avais et tenais pooie et devais avoir et tenir en la ville et au terroir de Craonne / si coume en cens / en rentes / en ventes / et en tous profits quels qu´ils soient. Et ces vendages ai je fais à l´abbé, au couvent devant dit / parmi le prix de trente livres tournois que je reconnaissais qu´ils m´ont fait plain créant et plain paiement en deniers comptant / dont je me tiens pour sous et pour paye. Et doing et otroi à l´abbé et au Couvent devant dit / Tout droit / toute l´action / toute la seigneurie toute la propriété et toute la possession que j´ai eu et pozie et devais avoir par quelconque raison que ce fut / en toutes les choses devant dites vendues de moi si qu´on dit est. De toutes les choses devant dites vendues si qu´on dit est je promets à porter loyal varandie / à l´abbé et au Couvent devant dit / et à leurs successeurs onit tous ceux qui a droit et à la loi en verraient venir. Et s´il aurait que pour la défaute de porter cette varandie / ou pour locoison de cet vendage / l´abbé et le couvent denvant dit eussent dommage ou fassent coût / ou dépens en aucune manière / je leur serai tenu à rendre et promet à rendre loyalement / tous ces dommages / tous ces coûts et dépens / et en promet à croire / sur ces dommages / coûts et dépens / le procureur l´abbé et le couvent devant dit par son seul serment sans autre preuve traire. Et à toutes les convenances et les choses devant dites fermement tenir / garder / et accomplir à toujours j´ai obligé et ai obligé / moi / mes hoirs / mes successeurs / et tous mes biens meubles et mes meubles présents et à venir / en quelconques lieux et en quelques profits qu´ils soient et seront. Après toutes ces choses / Je Emeline dite être femme du dit mon seigneur Jacques Chevalier / fais savoir à tous ceux qui ces présentes lettres verront et auraont que j´ai du gré et de l´assentement du dit mon seigneur Jacques mon baron devant dit qui de ce faire m´a donné pouvoir et autorité et loe / gréé et otroi / et approuve le vendage et le marché devant dit et toutes les convenances de leurs dites / en la forme et en la manière qu´elles sont de leurs devises et écrites. Et promet et ai promis loyalement toutes les convenances et les choses devant dites / tenir et garder à toujours / non venir encontre par raison de devoir / ne pas autre raison quelle qu´elle soit. Et nous Jacques et Emeline devant dit / promettons et avons promis par foi et par serment donné de nos corps / à tenir / accomplir entièrement toutes les choses / et toutes les convenances devant dites. Et ont à toutes ces choses / Nous nous mettons et soumettons en la ....... du roi et de la sent. Et renonçons par foi et par serment quantà ces choses / expressément / à toutes barres et cavillations / à toutes aides de clergé et de laïc ........ et à toutes autres exceptions de fait de droit qui allait encontre ces convenances ou encontre en aucune d´elles et à nous / ou à nos hoirs pourraient aider / et à l´abbé / au couvent devant dit ou à leur église / ou à leurs successeurs / pourraient gréver. On témoignage des quels choses nous avons scellé ces présentes lettres de nos propres sceaux ce fut fait en l´an de l´incarnation nostre seigneur mille deux cent quatre vingt du de décembre.
 
            Notons qu´il s´agit de biens situés à Craonne, et que sa femme se prénomme Emmeline.
 
            Enfin, dernière source d´information, Melleville[18] signale durant la période de 1270 à 1281 un :
 
"Jacques de Mauregny, chevalier seigneur de Chavigny"[19].
 
            "En 1281, les habitans de Chavigny furent affranchis avec ceux de Miancourt et de Vaux, des morte-main, fors-mariage et des redevances féodales qui en découlaient, par Jacques de Mauregny, seigneur du lieu, moyennant une rente annuelle de 36 livres parisis qu´ils s´engagèrent à payer à ce dernier et à ces héritiers. Ils jouèrent dès-lors de tous les droits attachés à l´affranchissement, parmi lesquels celui d´aller venir à leur gré n´était pas le moins considérable. La terre de Chavigny appartin longtemps aux sires de Coucy".
 
            Il précise que ce Jacques avait pour femme Aélide et que la seigneurie de Chavigny-le-Sort lui a été donnée par Enguerrand IV, sire de Coucy.
 
Ce Jacques sortait évidemment de la maison de Mauregny ; mais fut-il seigneur de ce village ? C´est ce que nous ne pouvons dire.
 
            Nous ignorons, évidemment son lien de parenté avec le précédent Jacques. C´est tout ce que nous savons de cette famille appelée "de Mauregny".
 
Melleville signale encore en 1311[20] une :
 
"Jeanine de Mauregny, veuve d´Etienne de Compiègne"
 
et en 1317, une :
 
"Aélide de Mauregny, veuve de Robert de Fraillicourt",
 
 sans citer ses sources.
 
            Courtaux [21] parle de :
 
"Gobert III de Montchâlons, chevalier, seigneur de la Bôve, de Bouconville, de Mauregny, d´Aubigny, de Bièvre, d´Orgeval, de Jumigny, de Ployart, d´Arrancy, de la Ville-sur-Tourbe, d´Elise de Saint-Rémy"
 
qui a confirmé en Mai 1275 des droits de pâturages. Ce Gobert, décédé le 18 octobre 1300 a été inhumé à Vauclair.
 
            Maxime de Sars[22], qui parle aussi de ce Gobert, ne le signale pas comme seigneur de Mauregny. Mais l´arrière-petit-fils de ce Gobert, Jean dit Barat est sans conteste seigneur de Mauregny en 1359.
 
            Pour finir le XIIIe siècle, signalons que Mauregny est soumis au cens de l´hôtel dieu de Laon en 1280 et 1290 [23].

[1] Melleville - Société Académique de Laon - T. V - pages 221 à 223 - Maison de Montchâlons - Mauregny
[2] Matton - Inventaire Sommaire des Arch. Départ. Aisne - Antérieur à 1790
[3] Matton - Inventaire Sommaire des Arch. Départ. Aisne - Antérieur à 1790
[4] Bibl.Nat. Nouveaux d´Hozier 242 , côte 5494 ; copie moderne - Cf, Courtaux, Notice historique sur les seigneurs de la baronnie de la Bôve, p. 15
[5] Idem - Série E, supplt n° 6, p. 425 - E supplt 1954 (AA1)
[6] Ruffi = Roucy - cf Courtaux
[7] Maxime de Sars - T. V, p. 45
[8] Bulletin Académique de Laon - T. XXX, p. 102 à 170
[9] Bulletin Académique de Laon - T. XXX, p. 107
[10] Bulletin Académique de Laon - T. XXX, p. 123 et 125
[11] Il s´agit de la butte du chassemy entre Coucy-lès-Eppes et Marchais
[12] C´est le nom donné alors à Coucy-lès-Eppes
[13] Alain de Saint-Denis - Hotel-Dieu de Laon (1150-1300) - 1983 - p. 248 et 97
[14] Alain de Saint-Denis - Hotel-Dieu de Laon (1150-1300) - 1983 - p. 532
[15] Alain de Saint-Denis - Hotel-Dieu de Laon (1150-1300) - 1983 - p. 245
[16] Alain de Saint-Denis - Hotel-Dieu de Laon (1150-1300) - 1983 - p. 245
[17] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T. I, p. 154
[18] Melleville - Dictionnaire Historique du Départ. Aisne - 1865 - p. 89 et 231 ; Melleville - Société Académique de Laon - T. V - pages 221 à 223 - Maison de Montchâlons - Mauregny
[19] Chavigny-le Sors, village situé à 10 Km au nord-ouest de Soissons
[20] Melleville - Dictionnaire Historique du Départ. Aisne - 1865 - p. 89.
[21] Courtaux - Op.Cit. - Seigneur de la baronnie de la Bôve
[22] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T.I, p. 124
[23] Alain de Saint-Denis - Hotel-Dieu de Laon (1150-1300) - 1983 - p. 195 et 209


Mauregny en Haye 423 hab. par JM Moltchanoff       

Les cahiers d'histoire de Mauregny ont été rédigés par Guy Pluchart et Jacques Tavola
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> Histoire du chanvre à Mauregny 
> Doléances de 1789 
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par Gilbert Delbrayelle

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