Mauregny,Un village, une histoire

Le XIVe Siècle

   A la mort de Jean II Barat en 1400, c´est son frère Gobert V[1], sire de Lizy (d´Elise), qui devient seigneur de la Bôve, de Montchâlons, et donc probablement aussi de Mauregny.
 
En 1379, d´après une quittance du 8 mars, Gobert V est bailli du Vermandois (c´était vraiment une fonction familiale !).
 
En 1380, comme nous l´avons vu, il participa avec son frère à la poursuite des Anglais et "général élu sur le fait des aides en la province de Reims, il reçut du Roi 500 Francs d´or pour l´indemniser de ses frais et chevauchées"[2].
 
Le 4 août 1405, "il présenta au roi aveu pour sa terre de la Bôve "[3].
 
            En 1407, avec l´assassinat du duc d´Orléans, commence la guerre civile entre les Armagnacs et Bourguignons.
 
            En 1410, "Charles VI accorde encore à Gobert V 500 Francs d´or pour l´aider à supporter les grands frais et dépenses qu´il avait fait pour son service"[4].
 
            En 1413, Henri V devient roi d´Angleterre : il veut reconquérir la France.
 
            En 1414, "le Roi de France et le Dauphin se joignirent aux autres princes pour combattre le duc de Bourgogne, ils s´emparent de Compiègne, de Noyon et Soissons... Laon leur ouvre ses portes... le Roi fit ensuite un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse..."[5].
 
            "En 1414, le duc de Bourgogne saccagea Sissonne, et ses bandes ne reculèrent que devant un détachement qu´envoyèrent contre elles Charles VI qui se trouvait alors en pèlerinage à Liesse"[6].
 
            En 1415, Henri V débarque et anéantit la chevalerie française à Azincourt le 25 octobre.
 
            Gobert V[7] est trouvé mort sur le champ de bataille, ainsi que Jean VI [8] de Roucy, seigneur de Sissonne.
 
            Gobert V [9] était marié à Marie de Moy, dame de Lizy, fille de Simon, sire de Moy et d´Alaincourt, chevalier.
 
            Il en avait eu trois enfants :
                        - Guillaume, chanoine de Reims.
                        - Marguerite, mariée à Enguerrand de Coucy, puis à Clarembaud de Proisy,
                        - Jean III Barat qui lui succédera.
 
            Nous ne savons que très peu de choses sur ce Jean III Barat :
 
            Fait prisonnier par les Anglais en 1417, il fut obligé de racheter sa liberté au prix de 4000 écus [10].
 
            Il ne porte plus les titre de seigneur de la Bôve et de Bouconville dans les dénombrements qu´il rendit au comte de Rethel, le 27 septembre 1423 et le 04 juillet 1439, pour la ville de Poix, à cause de sa femme.
 
            Il avait épousé Jeanne de Saint-Chéron, et eut un fils Jacques de la Bôve, mort en 1490, dont la descendance s´éteignit au XVIIe siècle. Il est mort en 1451 [11].
 
            Le sort des seigneurs de la Bôve et de Mauregny est alors très incertain, et même contradictoire selon les sources. Il faut dire que c´est une des périodes les plus noires de la guerre de cent ans dans notre région. Le roi de France doit lutter contre les Anglais, les Armagnacs, les Bourguignons, les alliances se modifiant sans cesse, ralliement et retournements se succèdent. Notons les principaux événements dans notre petite région.
 
            En 1422, Charles VII devient roi de France, mais le roi d´Angleterre prétend aussi à ce titre. Pendant les six années qui suivent, on assiste à l´occupation progressive de la France au Nord de la Loire par les Anglo-Bourguignons.
 
            En 1423, "la forteresse de Montaigu, assiégée par le comte de Salisbere et défendue par les seigneurs de la Bôve et de Montigny, fit une plus vigoureuse résistance... la garnison de Montaigu fut obligée de capituler après un siège de six mois "[12].
 
            Il ne reste au roi que la ville de Guise qui sera prise en 1424.
 
            En 1428, le roi de France est assiégé dans Orléans. L´épopée de Jeanne d´arc commence, le siège est levé, la reconquête commence.
 
"Le roi fit son entré dans Reims et y fut sacré le 17 juillet 1429 par l´archevêque Renaud de Chartres, accompagné des évêques de Laon, de Châlons et d´autres seigneurs... trois jours après, le Monarque accompagné de la pucelle d´Orléans fit le pèlerinage de Corbeny, où les députés de Laon lui remettent les clefs de leur ville..."[13].
 
En 1430, "le damoiseau de Comercy ayant mis le siège devant le château de Montaigu fut forcé de le lever par la vigoureuse résistance de deux capitaines anglais qui le défendaient"[14].
 
            Faite prisonnière lors du siège de Compiègne, Jeanne d´Arc fut condamnée à être brûlée en 1431. En 1430, alors que les Laonnois résistent aux Bourguignons, "les troupes du seigneur de Ternant, Bourguignon commandant à Rethel, prirent quelques temps après la croix rouge des Anglais, et allèrent sous la conduite d´un chevalier nommé Nicolas s´emparer du château de la Bôve, d´où elles firent des courses dans les environs"[15]. Courtaux précise : "Philippe de Ternant, chevalier, seigneur de la Motte Ternant en Auxois, Conseiller et Chambellan du duc de Bourgogne, chevalier de la Toison d´Or, gouverneur de Rethel, avait assiégé pris et pillé le château de la Bôve dont il avait fait pendre la garnison. Philippe de Ternant embrassa ensuite le parti de Charles VII..."[16].
 
            Mais la Bôve resta dans les mains des Bourguignons. En 1435, le traité d´Arras, signé entre Charles VII et Philippe le Bon met fin à la lutte entre Armagnacs et Bourguignons. Mais c´est en 1441 que "le Roi reprit Coucy, la Bôve et la plupart des Châteaux du diocèse de Laon : plusieurs furent démolis, entr´autres celui de Montaigu, situé sur une montagne très escarpée. Robert de Sarbruche le redemanda au Roi avec instance, mais les Laonnois se souvenant des torts que ce fort leur avoit causés et les entraves qu´il mettoit à leur commerce, demandèrent qu´il fut démoli et le duc de Bourgogne ne s´en défaisit qu´à cette condition"[17]. On finit par obtenir "à Tours, en 1444, une suspension d´armes pour cinq ans"[18]. Et de fait, les historiens ont fixé la fin de la guerre dite de cent ans en 1453.
 
            C´est alors, selon Maxime de Sars, "Jean de Croy, seigneur de Montchâlons" serait apparu comme seigneur de la Bôve. Mais il n´en donne aucune preuve. Il se contente d´affirmer : "Il reçut, comme seigneur de Montchâlons, le 28 décembre 1453, l´hommage de son vassal de Jumigny"[19].Il avait, sans doute, acquis du précédent (Jean III Barat) toutes ces seigneuries qui formaient depuis longtemps un domaine autour du château de la Bôve"[20].
 
     "Jean de Croy, seigneur de Montchâlons, était le septième fils de Jean, sire de Croy, de Renty, de Deneghen et d´Araines, chevalier, grand bouteiller de France, et de Marguerite de Craon, dame de Tours-sur-Marne.
 
            Il devint conseiller et chambellan de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui lui donna le collier de la Toison d´Or dans le premier chapitre de l´ordre, tenu à Bruges en 1430, et érigea la terre de Chimay dont il s´était rendu acquéreur.
 
            Jean de Croy s´empara, pour ce prince, de Saint-Riquier, le 21 octobre 1435 .
 
            Il fut envoyé le mois suivant (novembre 1435) vers Charles VII, au sujet du traité de paix qui venait d´être conclu à Arras.
 
            Il partit aussi en ambassade vers le roi d´Angleterre en 1451.
 
            Deux ans plus tard (1453), il succéda à Guillaume de Lalain comme grand bailli et capitaine général du Hainaut, se distingua à la bataille de Gavre et devint gouverneur du Luxembourg.
            Il vint encore auprès du roi en qualité d´ambassadeur en 1457, lorsque le dauphin se réfugia dans les Pays-Bas.
 
            Il mourut à Valenciennes en 1472 et fut inhumé dans l´église collégiale de Chimay "[21].
 
            Marié à Marie de Lalain, il a eu onze enfants :
 
            1 - Philippe de Croy, qui suit,
            2 - Jacques de Croy, pronotoire apostolique, prévôt de l´église de Liège, élu évêque de Cambrai le 22/10/1 502, créé duc par l´empereur en 1 510, décédé le 15/08/1 516.
            3 - Michel de Croy, seigneur de Sempy, surnommé "à la grande barbe", chevalier de la Toison d´Or, mort le 04/07/1 516, sans enfant de sa femme, Elisabeth, dame de Rotselear, Perwez et Dufile, fille de Jean, seigneur de Rotselear, et de Clémence de Bouchaut.
            4 - Olivier de Croy, chevalier de Rodhes et commandeur de Hainaut
            5 - Antoine de Croy, mort en bas âge,
            6 - Charles de Croy, mort en bas âge,
            7 - Jean de Croy, mort en bas âge,
            8 - Jeanne de Croy, aurait été, suivant des mémoires, la seconde femme d´Odet de Foix, vicomte de Lautrec.
            9 - Jacqueline de Croy, épousa en 1 463, Jean de Nesle, seigneur d´Offémont, de Mello et d´Ancre, fils de Guy de Nesle, seigneur desdits lieux, et de Jeanne de Saulces,
            10 - Isabelle de Croy, mariée à Philippe, seigneur de Wavrin, de Saint-Venant, de Lillers et de Malaumont,
            11 - Jeanne de Croy, religieuse puis abbesse des cordelières du faubourg Saint-Marcel à Paris"[22].
 
            Lelong raconte que "le château de Couvin fut détruit en 1470 par Jean de Croy. Ce seigneur de Chimay... prenoit souvent l´exercice de la chasse dans le bois de Couvin, ce qui lui attira la haine des bourgeois..." qui ont réussi à s´en emparer et "à le jeter dans un noir cachot du château de Couvin... Il y resta sept ans..."[23]. Délivré par chance, il fit raser le château.
 
            Si, comme le pense Maxime de Sars, Jean de Croy fut seigneur de la Bôve et de son domaine, on peut se demander si cela ne date pas de l´occupation de la Bôve de 1430 à 1441 par les Anglo-Bourguignons. C´est d´autant plus légitime que Courtaux propose une autre hypothèse :
 
            "En 1467 et antérieurement sans doute, Henri de Borselle était seigneur de la Bôve qui lui fut probablement donnée par Louis XI, en considération de ses services, ou dont il fit l´acquisition.
 
Voici les renseignements que le Père Anselme, dans son Histoire généalogique des grands officiers de la couronne, t. VII, page 103 et 104, nous a fournis sur ce personnage. Il était fils de Wolfart de Borselle (2), seigneur de la Vere en Hollande, de Sanderbourg, de Falleys, etc., et d´Hadvige de Borselle, cousine de ce dernier. Il fut seigneur des mêmes lieux, comte de Grandpré en Champagne et lieutenant général du roi au fait de la guerre sur la mer. En 1425, le duc de Bourgogne l´arma chevalier à la bataille de Ziericksée. En I444, il fut l´un des principaux seigneurs qui reçurent la duchesse Isabelle de Bourgogne, lorsqu´elle vint en Hollande pour calmer les troubles causés par les deux factions de Houcx et Cabiliaux. Il fut fait chevalier de la Toison d´or en 1445, et le roi lui accorda, le 26 novembre de la même année, par lettres données à Razilly, près de Chinon, une pension de 2.000 livres. En sa qualité d´amiral de Hollande, il vint secourir le duc de Bourgogne contre les Gantois, en 1457, avec trois mille combattants. En 1464, le roi lui fit don, ainsi qu´à Wolfart de Borselle, son fils, comte de Boucan, maréchal de France et chambellan du Roi, d´une somme de 1.000 livres pour les aider à plus honorablement s´entretenir en sa compagnie. Le 8 mai 1486, il
donna quittance au receveur général des finances du Roi en Languedoc d´un quartier de sa pension. (Preuve XXV, p. 105). Il mourut le I7 février 1470, après avoir fondé le cloître de Sainte-Claire à Vere et probablement cédé la Bôve à la famille de Croy" [24].
 
            Notons encore une fois à travers cette brève biographie combien les rapports entre tous les grands seigneurs à la fois rivaux et alliés étaient complexes, variant avec les rapports de forces.
 
            On peut même se demander s´il y avait un seigneur de Mauregny à cette époque. Parlant du fief de la Tour, sis à Mauregny, Maxime de Sars nous dit qu´en "1474, ce fief se composait d´un château et de ses dépendances. Après avoir appartenu à Barat de la Bôve, il était alors aux mains du suzerain, faute d´hommes pour le tenir"[25].
 
            En 1474, la seigneurie de Montaigu avait un droit sur le moulin et le four banal de Mauregny[26].
 
            Le suzerain était le baron de Montaigu.
 
            En 1474 également, "Rémy Parchemin et Pierre Henri de Marle possédaient chacun un fief au lieudit en Beaufay. Ce domaine ne cessa pas d´être divisé en deux parties jusqu´au milieu du XVIIe siècle "[27].
 
            Il faut donc attendre 1477 pour retrouver avec certitude un seigneur de la Bôve et donc de Mauregny : Philippe de Croy, fils aîné de Jean de Croy.
 
            "Philippe de CROY[28], comte de Chimay, porta le titre de baron de Quiévrain jusqu´à la mort de son père (Jean de Croy décède en 1472).
 
            Il fut armé chevalier à la bataille de Gavre donnée contre les Gantois en 1453.
 
            Il reçut la Toison d´Or en 1473.
 
            Le duc de Bourgogne l´occupa en diverses ambassades auprès du roi de Naples qui l´autorisa à porter ses armes par lettres du 13 avril 1475.
 
            Philippe de Croy fut, à son retour, nommé grand bailli et gouverneur de Hollande.
 
            Il fut chargé de conclure, au nom de son maître, une trêve de neuf ans avec Louis XI.
 
            Il accompagna Charles le Téméraire dans sa campagne de Suisse, en 1476.
 
            Puis l´année suivante (1477), à la journée de Nancy, où il se distingua et ou il resta prisonnier. Conduit en Allemagne, il fut racheté sur les instances de l´archiduc Maximilien, auquel il s´attacha désormais. Il le suivit aux Pays-Bas et reprit par escalade le château de Chimay, occupé par les Français (1477).
 
            Il représenta le duc de Bretagne au baptême du fils aîné de son maître et mourut à Bruges le 8 septembre 1482 ; son corps fut déposé devant le grand autel de l´église des cordeliers de Mons, sous un magnifique tombeau.
Il se maria à Walpurge de Moeurs, fille de Vincent, comte de Moeurs et de Quaerwerden, et d´Anne de Bavières-Semeren-de-Deux-Ponts.
 
Enfants :
            1 - Charles de Croy, qui suivra,
 
            2 - Jean de Croy, seigneur de Tours-sur-Marne, mourut sans prospérité de son mariage contracté avec Adrienne de Stavele, vicomtesse de Furnes, fille unique de Guillaume, seigneur de Stavele, et de Léléonore de Poitiers ; elle se remaria à Robert de Melun, baron de Rosny et de Dompvast, 3ème fils de Jean de Melun, seigneur d´Antoing et d´Epinoy, et de Marie de Sarrebruche.
           
3 - Antoine de Croy, seigneur de Sempy et de Tours-sur-Marne, capitaine et gouverneur du Quesnoy, chevalier de la Toison d´Or en 1516, époux en premières noces, Louise de Luxembourg, morte le 18 avril 1518, 3ème fille de Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg, chevalier de la Toison d´Or, et d´Isabeau de Roubais, dont un fils auteur de la branche des comtes de Solre ; il se remaria à Anne Van der Gracht, vicomtesse de Furnes, dame de Stavele et de Lewerghen, fille de François Van der Gracht, seigneur de Lewerghen, et d´Antoinette, dame de Stavele ; dont une fille mariée à Martin de Hornes, comte de Hautekerke.
           
4 - Françoise de Croy, seconde femme d´Antoine de Luxembourg, comte de Brienne et de Ligny, veuf d´Antoinette de Bauffremont, comtesse de Charny, 3ème fils de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, et de Jeanne de Bar, sa première femme ; il épousa en troisièmes noces, Gillette de Cétivy, veuve de Jacques d´Estouville, seigneur de Bayne, prévôt de Paris.
           
5 - Catherine de Croy, décédée en 1544, mariée en 1491 à Robert de la Marck, duc de Bouillon, seigneur de Sedan, de Florange et de Jametz, fils aîné de Robert de la Marck, duc de Bouillon, seigneur desdits lieux, et de Jeanne de Marley, dite de Saulces.
           
6 - Marguerite de Croy, épouse de Jacques, comte de Hornes, chevalier de la Toison d´Or, veuf de Claude de Savoie, décédé sans postérité, en 1530, fils de Jacques comte de Hornes, et de Jeanne de Grathuse, sa seconde femme[29].
 
            Nous parlerons plus loin de l´aîné Charles de Croy. Notons que c´est en 1477 que Philippe de Croy a repris son château de Chimay aux Français [30].
 
            Lelong nous raconte qu´en 1477, Louis XI a fait "saisir Saint-Quentin, Péronne, Avesne, Chimay, Bavay, Maubeuge et plusieurs autres places, qui la plupart furent ruinées "[31]."Les Français de la garnison de Chimay... firent des courses du côté de Beaumont...(ils furent battus)... Cet avantage engagea Philippe de Croy à profiter d´une nuit, aux environs de Noël, pour reprendre par escalade Chimay dont il était propriétaire, mais la garnison Françoise fit assez de résistance pour donner le temps de venir à son secours, et ses ennemis se retirèrent avec perte"[32]. (Ceci contredit l´affirmation de Maxime de Sars !).
 
            Par contre, Melleville rapporte que "Louis XI saisit sur lui (Philippe de Croy), en 1477, les terres de la Bôve et autres, en punition de sa révolte et les donna à Hector Lescluse, écuyer d´écurie, seigneur par don du Roi, de la Bôve, Montchâlons, Bouconville, Orgeval, Bièvre, Aubigny et autres terres situées en dehors du département de l´Aisne "[33].
 
            C´est aussi, et en conséquence sans doute de ces événements, qu´apparaît Hector de Lescluse :
 
"Ecuyer, seigneur du Mas, conseiller et chambellan du roi, né au Mas, paroisse de Lussat, en Bourbonnais, en 1417, probablement fils de Renaud de Lescluse, écuyer, seigneur du Mas. Il était, depuis 1470, homme d´armes de la compagnie d´ordonnance du connétable de Saint-Pol pour la garde du corps du roi, quand le connétable le chargea, au début de l´année 1475, d´aller obtenir du duc de Bourgogne son appui pour ses projets de trahison. Quand l´affaire fut découverte, Lescluse ne se sauva qu´en avouant tout. Louis XI l´en récompensa en l´attachant à sa personne, en le nommant son écuyer, puis son chambellan, en lui accordant une pension de 1 000 livres tournois et en distrayant des biens confisqués sur Philippe de Croy la "baronnie" de La Bôve pour la lui donner (Avril 1477).
 
Le roi publia de nouvelles lettres, le 08 Juillet suivant " [34] .
 
            En Voici le texte intégral [35]:
 
"8 juillet 1477
 
LOUIS XI DONNE A HECTOR DE LESCLUSE, SON ECUYER D´ECURIE, LES SEIGNEURIES DE MONTCHALONS, DE BOUCONVILLE, D´ORGEVAL, DE MAUREGNY, DE VILLE-SUR-TOURBE, D´ELIZE, DE SAINT-LOUP-AUX-BOIS ET DE TOUR-SUR-MARNE.
 
Louis, par la grace de Dieu Roy de France, à nos amez et Feaulx conseillers les gens de nostre cour de Parlement, de nos Comptes et tresoriers à Paris, aux baillifs de Vermandois et de Victry et à tous nos autres justitiers et officiers ou à leurs lieutenans salut et dilection. De la partie de nostre amé et feal escuyer d´escurie Hector de l´Escluse nous a esté exposé que, par nos lettres patentes en forme de chartres auxquelles ces presentes sont attachées sous le contrescel de nostre chancellerie, et pour les causes contenues en icelles, nous luy avons donné les baronnie, ville, chastel, chastellenie, terre et seigneurie de la Bove, située et assise au pays de Lannnois, avecq toutes et chascunes ses appartenances et appendances quelsconques, ainsy qu´ elles se comportent et estendent, qui furent et appartindre[nt] à Philippe de Croy, chevalier, à nous advenue et escheue par confiscation et, pour ce qu´en nos dites lettres n´est faite mention que desditesbaronnie, villa, chastel, chastellenie, terre et seigneurie de la Bove, avecq toutes et chascunes ses appartenances et appendances, sans faire declaration des chastellenies, terres et seigneuries, dont ledit Philippe de Croy et ses predecesseurs, seigneurs de la Bove, ont tousjours joy et possedé, c´est assavoir des terres, chastellenies et seigneuries de Montchardeon (Montchâlons), Bouconville, Orgeval, Bievres et Embigny (Aubigny), tenus en fief de l´evesque de Laon, la seigneurie et revenue de Morigny (Mauregny) estans ou baillage de Vermandois, la terre et seigneurie de Ville sur Tourbe, Elize, Saint Leu au bois (Saint-Loup-aux-Bois), le Chastellier de Meuziere, Tour sur Marne, appartenances et dependences d´icelles, estans ou baillage de Vitry, et avecques ce toutes les debtes, rentes et arreraiges que, acause des dittes terres et seigneuries, nous peuvent et pourroient compecter et appartenir, à la cause dessus dite, icelluy exposant a doubté et doubte que, en luy enterinant nos dites lettres, vous voulsissiez faire difficulté de les y comprendre, mais seulement y declarer les dits chastel, terre et seigneurie dessus declairées, sicomme il dit, requerant sur ce notre provision, pourquoy nous, ces choses dessus dites considerées, qui sommes bien recors et memoratifs du don par nous fait audit suppliant et des causes qui nous meurent à le faire, qui est en effet pour remuneration et reconnoissance des grans services par lui à nous faits et espérons que encores plus face ou temps avenir, Vous mandons, commandons et enjoignons, en commettant, se mestier est, et à chascun de vous, siconme à luy appartiendra, que, en ensuivant nostre dit don à lui fait et en mettant nos autres lettres dessus transcriptes et celles de vous gens de nos diz Comptes sur ce obtenues par ledit exposant à execution déue, selon leur forme et teneur, vous faites icelluy exposant joyr et user des dites terres et seigneuries, rentes et revenus, cy dessus declairez, ensemble de toutes les appartenances et appendances d´icelles et aussy des arreraiges qui sont et peuvent estre deus acause d´icelles, tout ainsy et par la maniere que, en nos dites autres lettres dessus transcrittes, elles eussent esté nommement et declarativement speciffiées, car nostre vouloir, plaisir et entention estoient, au temps de nostre dit don, que ledit exposant joisse des dites terres et seigneuries dessus declairées, et ainsy l´avons declairé et declairons par ces presentes, en procedant par vous et chacun de vous, sicommc à lui appartiendra, à l´execution de nos dites autres lettres de donet de ces presentes, de point en point, selon leur forme et teneur. Et, pour ce que ledit exposant dit que, pour proceder à l´execution et enterinement dudit don, conviendra faire plusieurs adjournemens, exploits et significations en divers lieux où l´e n peut et pourra avoir seur actes, Nous voulons que lesdits adjournemens, exploits et significations qui seront faites par cry publique de somp de trompe, en et sur les lieux des dites villes, terres, et seigneuries dessus desclairées, aux personnes des p rocureurs et entremetteurs des besongnes et affaires dudit Philippe de Croy pour le temps qui les tenoit et occupoit, et aussy aux plus prouchaines bonnes villes de nostre royaume des lieux où il avoit et accoustumé de soutenir, soient d´autel (1) effet e t valleur, et lesquels nous autorisons comme se faits avoient esté aux personnes dudit Philippe de Croy ou d´autres à qui ce peut toucher, car ainsi le voulons et nous plaist estre fait, non obstant quelsconques lettres subreptices impetrées ou à impetrer . Donné à Arras, le huitiesme jour de juillet l´an de grace mil quatre cens soixante et dix sept et de nostre regne le dix septieme. Ainsy signé : par le Roy Picot. Lecta, publicata et registrata pro gaudendo per Hectorem de l´Escluse, se in albo nominatu m, per se et suos héredos masculos et de legimo matrimonio procreatos, terris et dominiis in dicto albo declaratis, juribus patronatus et collationibus regiis, necnon homagiis feodorum et deveriis propter hoc debitis, si que sint exceptis. Actum in parlam ento, decima tertia feburarii (sic) millesimo quatercentesimo septuagesimo septimo
 
(2). Brunat. Etiam lecta, publicata et registrata in Camera compotorum domini nostri Regis, Parisius, die decima sexta feburarii anno Domini millesimo quatercentesimo septu agesimo. Le Blanc. Collationé par nous conseiller maitre a ce commis.
 
PORLIER.
(1) De pareil, - (2) En réalité 13 févr. 1478.
[Arch. Nat. Registre P. 2300, p. 285. Mémoriaux de la Chambre des Comptes. Copie du XVIIIe siècle]
 
            Ce texte nous confirme que Philippe de Croy était bien seigneur de la Bôve, et que lui "et ses prédécesseurs" jouissaient bien des terres, châtellenies et seigneuries dont Mauregny. C´est une nouvelle preuve des liens anciens de Mauregny avec le domaine de la Bôve.
 
Nous ignorons la date de la mort de Hector de Lescluse, qui n´avait probablement pas eu d´enfants. Mais en 1484, la Bôve avait fait retour à la maison de Croy. "Charles, comte de Chimay obtint souffrance de Charles VIII le 19 juillet 1484 pour les seigneuries de la Bôve, Bouconville, Ville-sur-Tourbe et Lizy "[36].
 
            Charles VIII, âgé de quatorze ans, vient d´être sacré roi de France à Reims le 30 mai 1484 par l´archevêque Pierre de Laval.
 
            "Charles de Croy, comte puis prince de Chimay, baron de la Bôve, passa son enfance à la cour du duc de Bavière ; il fut armé chevalier à la journée de Guinegate en 1479.
 
            Il commanda une armée de 20 000 hommes, avec le comte de Nassau et les seigneurs de Ravenstein, contre Philippe de Crèvecoeur en 1486, et fut créé prince cette même année, par l´empereur Maximilien, puis chevalier de la Toison d´Or.
 
            Il tint Charles Quint sur les fonds baptismaux "[37].
 
            Le 15 juin 1492, il manda à son bailli de recevoir l´hommage de la terre de Parfondru, mouvante de sa châtellenie de Montchâlons  [Courteaux, Notice sur la Bôve, p. 49].
 
Il avait épousé, en 1495, Louise d´Albret, vicomtesse de Limoges, dame d´Avesne et de Landrecies, inhumée après sa mort, dans le choeur de la collégiale d´Avesne, qu´elle avait fondée, fille d´Alain dit le grand, sire d´Albret, comte de Gavre, de Dreux, de Penthièvre et de Périgord, vicomte de Limoges, et de Françoise de Bretagne [38].
 
            Nous ne savons pas à quel moment la famille de Croy a vendu la baronnie à Jean de Proisy entre 1489 et 1510 (date où un document lui donne ce titre).
 
            Courtaux dit [39]:
 
            "après le 15 juin 1492, Robert de la Marck vendit la baronnie de la Bôve, qu´il tenait du chef de sa femme à Jean de Proisy, seigneur de Pontavert ".
 
            Robert de la Marck avait épousé en 1491 Catherine de Croy, sœur de Charles de Croy. Il est probable que les seigneuries avaient été partagées entre les enfants de Philippe de Croy, et qu´elles ont été vendues ensemble. Un manuscrit du XVIIIe siècle et la Chesnaye du Bois dans son dictionnaire de la noblesse [40]  disent :
 
"que Jean de Proisy acquit de Robert de La Marck de Bouillon, suivant un compte du domaine de Béthune de 1489, la terre et baronnie de La Bôve".
           
Enfin, Melleville[41] dit qu´en l´an 1490 : "paraît-il" ce serait Léon de Proisy (père de Jean) qui aurait acheté la Bôve en 1490 et qui l´aurait donnée à son fils Jean.
 
Comme on le voit la question reste ouverte !

[1] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 125
[2] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 125
[3] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 125 ; Arch. Nat. P 57, N° 20-21, et 136, f° 117 - Courtaux, Op. Cit., p. 102/3
[4] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 125
[5] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 351
[6] J.Y. Sureau Monographie des communes du canton de Sissonne - 1985 - Sissonne, par l´instituteur Callay le 17/05/1888, p. 37
[7] La chronique d´Enguerran de Montrelet, publiée pour la société de l´histoire de France par L. Douet d´Arcq, T. III, Renouard, 1859, in-8, page 115.
[8] J.Y. Sureau Monographie des communes du canton de Sissonne - 1985 - Sissonne, par l´instituteur Callay le 17/05/1888, p. 37
[9] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 125 ; Epitaphe de Simon de Moy, mort en 1384. Bibl. Nat., pièces originales, 2078
[10] Melleville - Société Académique de Laon , T. V, page 219
[11] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 125 ; Courcelles, Histoire des pairs de France, T. IV, Paris, 1831, in-8°, généalogie de Châtillon, p. 53-5 - Courtaux, Op. Cit., p. 20-7
[12] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 355
[13] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 369
[14] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 370
[15] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 371
[16] Courtaux - Op.Cit. - Seigneur de la baronnie de la Bôve - p. 26
[17] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 377
[18] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 377
[19] Recherche de la Noblesse de Champagne, par Mer de Caumartin, T. I, Châlons, 1673, in-f°, généal. De Hénin Liétard de Cuvilliers
[20] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 126
[21] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 126
[22] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 126
[23] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 372/3
[24] Courtaux - Op.Cit. - Seigneur de la baronnie de la Bôve - p. 27
[25] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TIII - p. 69 ; Dénombrement du 1 octobre 1474
[26] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TIII - p. 1
[27] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - III - p. 343 ; Dénombrement du 2 octobre 1474
[28] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 126
[29] Père Anselme - Op. Cit., T. V, p. 651-3, 655
[30] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 127
[31] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 377
[32] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 389 et 390
[33] Melleville - Dictionnaire Historique du Départ. Aisne - 1865 - La Bôve - p. 140
[34] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 128
[35] COURTAUX - Op. Cit., Seigneur de la Baronnie de la Bôve - p. 111 à 113 Lettres publiées par Courteaux, Op. Cit., p. 109-111, d´après les Mémoriaux de la Chambre des comptes
 
[36] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 128
[37] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 128
[38] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 128
[39] COURTAUX - Op. Cit., Seigneur de la Baronnie de la Bôve - p. 51
[40] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 128 - note 5 ; T. 11, p. 547
[41] Melleville - Dictionnaire Historique du Départ. Aisne - 1865 - La Bôve - p. 140


Mauregny en Haye 423 hab. par JM Moltchanoff       

Les cahiers d'histoire de Mauregny ont été rédigés par Guy Pluchart et Jacques Tavola
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par Gilbert Delbrayelle

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