Mauregny,Un village, une histoire

Le XVIe siècle à Mauregny en Haye (1500 à 1586)

LA FAMILLE DE PROISY A MAUREGNY

 
            "La seigneurie de Mauregny est désignée pour la première fois comme mouvante de la grosse tour de Laon dans la liste de ses vassaux dans les premières années du XVIe siècle, entre 1499 et 1517" [1].
 
            C´est un membre de la famille de Proisy qui devint seigneur de Mauregny au début du XVIe siècle, et cette famille régnera à Mauregny jusqu´en 1680. La succession des héritiers devient relativement plus précise à cette époque. Nous retrouvons de plus en plus d´éléments de leur vie et commençons à trouver quelques événements concernant la vie de notre village.
 
            Nous étudierons d´abord les trois premiers de Proisy (1500 à 1586), puis, les trois générations de seigneurs protestants de Mauregny (1586 à 1680).
 
- Le XVIe siècle à Mauregny (1500 à 1586)
 
            Nous ignorons à quelle date précise Jehan de Proisy est devenu seigneur de Mauregny (entre 1489 et 1510).
 
            Jehan de Proisy, écuyer, était le second fils de Léon de Proisy, chevalier, seigneur du village de Proisy et du Sourd (paroisse de Wiège) et d´Anne de Lannoy.
 
            "Il avait épousé, en 1494, Françoise de Dinant, duchesse de Chateaubriand, de Vioreau et des Huguetières, veuve de Gilles de Bretagne, seigneur de Champtocé, étranglé par ordre de son frère le 24 avril 1450 et, avec trois fils, de Guy, comte de Laval, sire de Vitré, d´Acquigny et de Tinténiac, décédé le 2 septembre 1486, fille unique elle-même de Jacques de Dinant, seigneur de Beaumanoir et de Montafilant, gouverneur de la ville et du château de Sablé, grand bouteillier de France, et de Catherine de Rohan, elle était née le 20 décembre 1436 et mourut à Nantes le 3 janvier 1499, et fut inhumée dans le chœur de Frères Prêcheurs de Nantes ; son cercueil a été exhumé en mars 1904, lors de la démolition des vestiges de cette église et déposé dans le caveau des évêques de la cathédrale [Père Anselme Op. Cit., T. VII, p. 580 - Communication de M. Giraud-Mangin, conservateur de la Bibl. Munic. De Nantes - Elle testa le 31 décembre 1498 sur cet acte, conservé aux archives de la Loire Inférieure et publiée par le ....] "[2].
 
            Jean de Proisy n´a donc été marié que pendant cinq ans !
 
            Il a rempli "les fonctions de conseiller et Chambellan du Roi, de bailli de Tournai, de Mortain et de Saint-Martin.
 
            Le titre de baron de la Bôve lui est doné pour la première fois sur l´acte d´acquisition de la seigneurie de Veslud, le 30 août 1510"[3] .
 
            François 1er devient roi de France le 1er janvier 1515 et a été sacré à Reims le 25 par l´archevêque Robert de Lenoncourt[4]. Dans ses tentatives d´occuper la région de Milan, en Italie, il mit le siège devant Pavie et fut battu par l´armée impériale de secours. Il fut fait prisonnier. Jehan de Proisy fut tué lors de cette bataille le 24 février 1525. Il avait rédigé en 1524 un testament en faveur de son neveu.
 
            Celui-ci était le fils de Louis, premier du nom, (qui était fils de Léon de Proisy et frère de Jehan de Proisy) seigneur de Proisy et du Sourd, l´un des cents gentilshommes du roi Charles VIII, gouverneur de Guise et des ville et château de Mortagne-Nord, en 1498, ensuite bailli de Tournai, en 1502, et de Guillemette de Losses. Louis II de Proisy fut seigneur du Sourd, de Neuville en Laonnois, de Bouconville, Marchais, Bièvre, Chermizy, Jumigny, Mauregny, Orgeval, Oulches, Pontavert, Montchâlons, Vassogne, Arrancy en partie, baron de la Bôve.
 
Combier nous dit que :
 
            "le château de la Bôve a été érigé en baronnie de 1553 à 1577 en faveur de Louis de Proisy"[5].
            Il fut gouverneur du duché de Guise pour Claude de Lorraine, comte de Guise de 1506 à 1528 puis, premier duc et pair de Guise de 1528 à 1550.
 
            Le 12 juillet 1526, il épouse Claude de Toinel, fille de Claude de Toinel, chevalier, seigneur d´Espence et de Launoy, Regnault, et de Yolande Jouvenel es Visins, par contrat devant Pasquier Vallée et François Crozon, notaires au Châtelet de Paris.
 
            Le 4 septembre 1526, il rendit aveu et dénombrement au roi pour ses terres et seigneuries de la Bôve, Bouconville et Mauregny[6].
 
FOI ET H0MMAGE DES TERRES ET SEIGNEURIES DE LA BOVE, DE BOUCONVILLE ET DE MAUREGNY-EN-HAYE RENDUE Au ROI PAR LOUIS II DE PROISY.                   -
 
Françoys, par la grace de Dieu Roy de France, à noz amez et feaulz les gens de nos comptes et tresoriers à Paris, au bailly de Vermandoys ou son lieutenant et à noz procureur et receveur ordinaires oudict bailliage ou leurs substitud et commis salut et dillection. Sçavoir vous faisons que nostre cher et bien amé Loys de Proisy, escuier, nous a le jourdhuy fait au bureau de nostre chambre desdicts comptes les foy et hommaige qu´il nous estoit tenu faire pour raison de la terre et seigneurie de la Bauve, Bouconville et Morigny, leurs appartenances et appendances, à luy appartenans par don   testamenntaire à luy faict par defunnct. Jehan de Proysy, en son vivant seigneur dudict lieu de la Bauve, son oncle, tenus et mouvans dudict seigneur acause de sa grosse tour de Lan oudict bailliage, à quoy il a esté receu, sauf nostre droict et l´autruy. Si vous mandons et à chacun de vous, sicomme à luy appartiendra, que, se pour cause desdictes foy et hommaige non faiz, les choses dessusdictes ou aucunes de leurs dictes appartenances et appendances sont ou estoient mises en nostre main ou antrement empeschiés, vous les luy mectez et faictes mectre au delivre incontinant et sans delay, pourveu que, dedans temps deu, il en baille par escript, en nostredictc chambre des comptes, son adveu et denombrement et face et paie les autres droiz et devoirs, s´aucuns nous sont pour ce deuz, se faiz et paiez ne les a. Donné à Paris, le quatriesme jour de septembre l´an de grace mil cinq cens vingt six et de notre Regne le douziesme.
Par le Conseil estant en la Chambre des comptes.
                               C. BUATIER.
 
Au dos de cet acte est écrit : Exp  
Expeditum die IIIIa septembris anno Domini Mo Vc XXVI.
(Archives Nationales. P. 15, n° 5570. Parchemin original.)[7]".
 
            Le 30 avril 1527, il fut envoyé en possession par une sentence du Bailliage de Ribemont.
 
            En 1529, "le roi profita du calme... pour s´opposer aux erreurs de Luther et Calvin (1509-1564) qui commençaient à se répandre dans le royaume "[8].
 
            Entre 1532 et 1537, on a mention d´un bail du moulin à eau de Mauregny, chez Carolez Nicolas, notaire à Laon [Arch. Départ. Aisne : E 472] , ce bail a été fait à Romain Sobour.
 
            Maxime de Sars nous dit qu´au XVIe siècle, il existait au château de Mauregny une chapelle dédiée à Sainte Marguerite dont le patronage appartenait à l´église de Saint-Vincent de Laon. Guillaume Cousin, chanoine de Saint-Quentin, y fut nommé par l´évêque, sur la résignation du Michel Bouchier le 11 octobre 1542 et remplacé à sa mort par Nicolas Cardon, clerc du diocèse de Soissons, celui-ci résigna le bénéfice trois jours plus tard pour faire place à Louis du Laz prêtre" [9].
 
            En 1544 "l´été fut si sec et si aride que tous les puits et fontaines étaient taries presque partout, quoi qu´ils fussent très profonds et cela dura deux années consécutives, ce qui rendit le vin si chaud et si fort que plusieurs en furent incommodés. Mais en contre échange, les vignes furent gelées en 1547 en la nuit du 7 au 8 juin. Cette sécheresse des années 1544 et 1545 fit naître une extrême cherté des vivres de sorte qu´en l´an 1546 le cartel de froment valoit 20 sols et l´asnée douze livre" [10].
 
            En 1547, Henri II devient roi de France.
 
            En 1549, Claude de Lorraine fait reconstruire le château de Guise, jetant les bases du château actuel [11].
 
            Au mois de mai 1553, Louis II de Proisy a obtenu par lettres royales données à Paris, création au bourg et village de Bouconville d´un marché au mardi de chaque semaine et d´une foire annuelle au 16 août, foire de Saint-Roch[12].
 
            Le 5 décembre 1555, Louis II de Proisy, seigneur de Mauregny acquit le droit de sauvement qui s´élevait alors à un jalois par ménage et moitié par demi-ménage, moyennant 2580 livres et 10 sols[13].
 
            Louis II de Proisy se fit représenter par le procureur Claude de la Mor à la réformation des coutumes du Vermandois faite à Reims le 3 novembre 1556, en présence des trois ordres" [14] (Dans le texte original, il est écrit "Loys de Proisi").
           
En 1560, il a sans doute assisté aux états généraux à Orléans puisqu´on trouve le baron de la Bôve dans un document du 14 avril 1562 ayant pour but d´ "asseoir les salaires et despens de ceux que se seraient trouvés en assemblées faites tant à Laon qu´à Orléans "[15]. Il s´agit de taxes de recouvrement.
 
Les gens de la noblesse
En livres tournois
·       Le baron de la Bove, à cause de sa dite baronnye de la Bove, seigneurie de Montchâlons, Mauregny et autres terres et seigneuries qui en dépendent.
10 Livres
·       Le seigneur de Coucy les Aippe, à cause de la dite seigneurie de Coucy et des autres parties de la seigneurie de Veslud.
60 sols
·       Le seigneur de Fussigny à cause de la seigneurie dudit lieu
60 sols
·       Le seigneur de Courtrizy à cause de la seigneurie dudit lieu
45 sols
·       Le seigneur de Sissonne
4 Livres 10 sols
 
 
Les gens du tiers état
 
·       Laon et la Paix
13 Livres 10 sols
 
 
Les gens du clergé
 
doïenné de Bruïères
 
·       Coucy les Aippe
11 sols 4 deniers
·       Fussigny et Courtrizy
11 sols 4 deniers
·       Festieu
11 sols 4 deniers
·       Marchais et Liesse
6 Livres
·       Mauregny et Haye
15 sols
doïenné de Montagut
 
·       Montagut
33 sols 9 deniers
·       Sissonne et appartenances
56 sols 3 deniers
 
 
            Il rédige son testament le 23 novembre 1560 :
 
"Par cet acte, il ordonne qu´on l´enterre dans la chapelle Sainte-Catherine de Neuville-en-Laonnois et qu´on y fasse la représentation de Jean de Proisy, son oncle, baron de la Bôve, marié avec Françoise de Dinan, douairière de Châteaubriant, et mort à la journée de Pavie, étant l´un des pensionnaires de la maison du Roi ; il lègue une somme de 200 livres à l´église de Proisy pour y bâtir une chapelle et mettre dans cette chapelle les tombes de Léon de Proisy et d´Anne de Lannoy, ses grand-père et grand´mère, celles de Louis de Proisy et de Guillemette de Losses ses père et mère ; il veut que, si Claude de Proisy, son fils, n´est pas d´église, il ait partage de ses biens ; il donne à Jean de Proisy, son autre fils, les seigneuries de Neuville, de Chermizy, d´Oulches et de Jumigny, et nomme pour son exécuteur testamentaire, François de Proisy, son fils aîné"[16],
 
Courtaux raconte l´histoire de leur pierre tombale.
 
Pierre tombale de Louis II de Proisy, Baron de la Bôve
au pays Laonnois + en 1561
et de Claude Toignel d´Espence, son épouse
Eglise d´Arrancy (Aisne).
 
" En 1839, M. Anacharsis Desèvre, propriétaire de la Bôve, acheta leur pierre tombale 110 francs à M. Féton, maire de (Neuville)cette comuune. Le propriétaire actuel de la Bôve, M. Henri Rillart de Verneuil, a gracieusement offert cette pierre tombale, à titre de bon voisinage et de parenté, au marquis de la Tour du Pin la Charce qui l´a fait transporter, le 22 janv. 1894, dans l´ancienne chapelle seigneuriale de l´église paroissiale d´Arrancy. Cette pierre mesure 2 m. 10 de longueur sur 1 m. 10 de largeur. On y lit : Cy gist noble et trèshonorés seigneur messire Loys de Proisy, chevalier, sr dudict lieu, baron de la Baulve, sr de Noefville, en son vivant gouverneur de la duché de Guise, qui trespassa l´an 1561, le 21 novembre. Cy gist noble et vertueuse dame Claude Despence, dame de Proisy, baronne de la Baulve, de Noefville, qui trespassa le premier novembre 1571. Priez Dieu pour leurs ames.
Louis de Proisy est placé à droite ; il a toute sa barbe et ses moustaches, celles-ci pendantes ; il est couvert de son armure de chevalier, tête nue, les mains jointes et l´épée à gauche ; à ses pieds, à droite son gantelet, à gauche son casque posé de profi1, cimé d´un panache et dont la visière est baissée. Au-dessus de Louis de Proisy, son écu (de sable à trois lions d´argent, armés et lampassés de gueules), penché, timbré d´un casque orné de ses lambrequins, cimé de deux têtes et cols de coq adossées et arrachées, et supporté par deux lions. Claude d´Espence est placée à gauche de son mari, en costume du temps, les mains jointes ; au-dessus d´elle son écu en losange (de gueules, à trois chèvres couchées d´or, les unes sur les autres) et brochant sur une cordelière
 
            Louis de Proisy et Claude d´Espence avaient eu de leur mariage :
 
1° François, baron de la Bôve, seigneur de Montchâlons, Bièvre et Orgeval, bailli de Vermandois en 1584.
2° Jean, sr de Neuville (actuellement Neuville-sur-Aillette).
3° Louis-Claude de P., seigneur de Mauregny.
4° Jacqueline de P., femme 1° de Nicolas de Bohan, 2° de Jean de Poix, seigneur de Séchelles "[17].
 
            Louis Claude de Proisy est le premier de ce que le manuscrit 666 de la bibliothèque municipale de la ville de Laon appelle la "branche des seigneurs de Mauregny" dans la puissante famille des de Proisy. Il se marie en 1557 avec Marie d´Amiens "au comté de Saint-Paul ".
 
            Il devient seigneur de Mauregny en 1561et tenait aussi une moitié du fief de Beaufay[18].
 
            Curieusement Maxime de Sars dit "qu´il fixa sa résidence dans le château dont l´aile droite se dresse encore flanquée de tourelles au midi de Mauregny" [19].
 
            C´est manifestement impossible. Il indique par ailleurs qu´il existait "à la fin du XVIe siècle, une maison forte à Mauregny", (à l´époque de Louis Claude de Proisy). Le château actuel "comme en témoigne son architecture, dut être rebâti au début du XVIIe siècle" [20].
 
            Notons que Louis Claude de Proisy serait le premier seigneur de Mauregny à venir y habiter.
 
            C´est effectivement le seul château qu´il possède, mais il s´agit de la "maison forte". Le fief qui comprend le château est appelé le fief de la tour dans les dénombrements, et il y a encore un lieudit les prés de la Tour à l´ouest du château. Enfin, Mauregny est cité en 1589 par les Ligueurs de Laon parmi "les places de ce pays les plus importantes" dont il faut se saisir.
 
            En 1561, Charles IX vient d´être sacré roi de France à Reims par Charles, cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, le développement du calvinisme aboutit à des affrontements. Nicolas Lelong présente ainsi les événements :
 
            On a "tenu les états à Orléans, où, l´on fit des règlements pour la discipline de l´église. Les assemblées se multiplioient, les protestants présentaient des requêtes, on leur répondait par des édits... ces conférences enhardirent encore les ministres de la réforme qui multiplioient leurs temples et ruinoient les églises des catholiques : ils étoient protégés à Sedan par Charlotte de la Marck et soutenois dans le Porcien par Antoine de Croy... Ces calvinistes sortirent de Sedan et se répandirent les armes à la main dans le Rémois où ils commirent de grands désordres..." [21]. La guerre civile commence : côté catholique, on trouve François de Lorraine, duc de Guise (assassiné en 1563), côté protestant, Louis Ier prince de Condé, plusieurs fois prisonnier et assassiné en 1569.
 
            En 1567, "les Calvinistes de France prirent de nouveau les armes : Genlis leur chef pour le Vermandois, Verdy pour la Champagne et Bouchavannes pour le Laonnois, ayant fait marcher de nuit leurs troupes vers Soissons, se saisirent par intelligence de la porte de Saint-Quentin et des endroits les plus forts. Les Catholiques surpris durent se soumettre. Les Protestans, après avoir commis des désordres dans la ville, se répandirent dans la Champagne et les villages circonvoisins "[22].
 
            En 1568, "Guillaume de Nassau prince d´Orange, à qui Genlis, malgré les défenses expresses du Roi, avoit mené trois à quatre mille hommes... pénétra dans la Champagne avec toute son armée et vint jusqu´à Soissons, laissant partout des traces de sa vengeance. Un détachement resta sept jours à Château-Porcien ; Liesse fut pillé et brûlé ainsi que la chapelle dont on conserva cependant l´image de la Sainte Vierge. Les Allemans prirent d´assaut la petite ville de Bruyères, passèrent les habitants au fil de l´épée et la brûlèrent avec tous ses titres et papiers. Le prince de Condé ayant distribué ses troupes en quartiers d´hiver à Vic-sur-Aisne, Vailly, Braine, Coucy, Nesle et Chauny, la cavalerie qu´il avoit à Soissons et dans les lieux voisins mit en déroute les garnisons catholiques de Guise et de Saint-Quentin, sorties pour faire des courses. Les Protestants s´emparèrent aussi de Fismes et prirent dans une incursion quelques ecclésiastiques qu´ils emmenèrent à Soissons... On faisoit par intervalles des traités de paix qui étaient presqu´aussitôt rompus. Cependant la France commençoit à respirer en 1570..."[23].
 
            Malgré tout ce contexte de violences, le système féodal continuait à fonctionner.
 
Le 31 mai 1570, François de Proisy, baron de la Bôve, et sa mère Claude d´Espence, veuve de Louis Ier de Proisy, baillèrent leur dénombrement au comte de Roucy pour le fief de Beaufay [24].
 
            Le 24 août 1572 a lieu le massacre de la Saint-Barthélémy.
 
"À la Saint-Barthélemy, le maréchal de Montmorency, gouverneur de l´Ile-de-France, et le duc de Longueville, gouverneur de la Picardie, refusèrent de faire massacrer les protestants. (Puaux, Hist. de la Réformation française, II, 350.)
 
« La ville de Laon ne répéta pas (non plus) les scènes d´horreur dont la capitale et beaucoup d´autres villes furent alors le théâtre. Les calvinistes n´y essuyèrent aucune violence ; mais comme ils étaient dans la crainte, la plupart s´empressèrent d´abjurer. C´était tous les jours une affluence considérable de gentilshommes de la campagne, de bourgeois de la ville, d´artisans, de paysans, d´hommes et de femmes qui venaient solliciter l´évêque de les réconcilier avec l´Eglise. On leur imposait des jeûnes pour pénitence, et ceux qui s´étaient mariés au prêche devant un ministre protestant, étaient obligés de se présenter de nouveau devant le curé de leur paroisse afin d´en recevoir la bénédiction nuptiale. (Melleville, Hist. de Laon, II, 277).
 
Bien que la Saint-Barthélemy paraisse avoir fait peu de ravages dans le département de l´Aisne, nous croyons devoir citer un passage peu connu de Zacharie Furnesterus, l´un des plus anciens historiens de cet horrible drame :
 « Il n´y a sorte de cruauté et de rage, dit-il, que les massacreurs n´aient pratiquée presque partout, à l´encontre de ceux qui faisaient profession de la religion, sans distinction de sexe ni d´âge, s´attachant aux petits enfants, aux femmes, aux filles et aux vieilles gens. Les uns ont été égorgés comme moutons à la boucherie, les autres pendus par les pieds et en autres façons horribles, les autres traînés par les rues, puis jetés mi-morts dans les rivières ; les autres, attachés à des perches, ont été précipités dans l´eau ; les autres, brûlés tout vifs en leurs maisons ; on a fendu le ventre aux femmes enceintes ; les enfants tétant la mamelle ont été jetés avec leurs mères dedans la rivière. Il y en a eu d´autres qu´on a pendus par-dessous les aisselles, puis d´un couteau leur a-t-on fendu l´estomac, et, par une fureur horrible, arraché le cœur, qu´on leur a montré.» (Mémoires de l´Etat de France, II, 8J.)"[25].
 
            Le dernier jour de mars 1574, on trouve une transaction sur partage entre ledit Claude de Proisy et Nicolas de Bohan, Jacqueline de Proisy, sa femme, sœur de Claude.
 
            Le 15 février 1575, Henri III est sacré roi de France à Reims, par Louis 1er de Lorraine, cardinal de Guise, évêque de Metz ; le jeune Louis II de Lorraine, archevêque de Reims, n´ayant pas encore reçu l´ordre de la prêtrise [26].
 
            Après une nouvelle incursion du prince de Condé en Champagne, il y eut une trêve de six mois, mais en février 1576 "les Calvinistes firent irruption dans le Rémois et le Laonnois ; les villages de Sevigny et du Gros Disy furent pillés et brûlés" [27].           
 
            Il y eut un nouvel édit de pacification. "Cet édit révolta la plupart des catholiques et surtout ceux de Picardie et de Champagne, qui animés par les Guise, firent pour soutenir la vraie foi, une association qu´ils nommoient Sainte Ligue, dans laquelle le duc engagea l´Espagne... cependant la ligue préparoit à la France les plus funestes révolutions : on sentit dans ces tristes conjonctures la nécessité d´assembler les états généraux qui furent convoqués à Blois...
 
            Henri III a la faiblesse de se déclarer chef de la Ligue..."[28].
 
            Amédée Piette nous rapporte : "Cette association (la Ligue), dont la première idée paraît avoir été conçue dans le château de Marchais, qui appartenait au cardinal de Lorraine (Charles), eut pour prétexte la défense de la religion, et pour moteur secret Henri de Guise... La guerre se ranima.
Le premier acte d´hostilité fut terrible : un parti calviniste sorti de Champagne, arriva jusqu´au Gros Dizy, qu´il mit à feu et à sang ; les flammes dévorèrent alors l´église, le curé et une partie des habitants qui s´y étaient réfugiés" [29].
 
            Est-ce à cette époque que Claude de Proisy fut fait "chevalier de l´ordre du Roi "et qu´il "reçut l´ordre de Saint Michel qui était fort prodigué en ces temps troublés" [30] ?
 
            Le ralliement de Henri III à la Ligue eut des conséquences dans le Laonnois.
 
            "Le 4 février (1577) nonobstant le trouble des estats causé par l´artifice de Bodin qui fut justement soupçonné de ne pas bien penser sur le fait de la religion, le Roy s´étant déterminé à signer la Ligue, mandement fut reçu par la noblesse du Vermandois aux lettres patentes, et avis du duc de Montmorency, gouverneur des Pays de l´Ile de France pour signer la liste des catholiques telle qu´elle leur estoit présentée par ordre de Sa Majesté ; ladite noblesse déclarant qu´elle veut bien signer sans préjudice de ses libertés, immunités et franchises...[31]"
 
Suit la liste dont :
 
·      Guillaume de Miremont, chevalier du Roy, seigneur de Berrieux,
·      François de Proisy,
·      Jean de Proisy,
·       Claude de Proisy.
 
            Cet acte fut collationné en présence de maistre Pierre Vuilcq, prestre curé de Villers-devant-le-Tour et Déjardin, marchand à Goudelancourt par le notaire Bideleur[32].
 
            Les trois frères de Proisy ont donc acquiescé à la Ligue. Maxime de Sars semble en tirer une conclusion qu´ils étaient des catholiques militants. Il dit que "Jean de Proisy, dédaignant les exemples de son père Claude de Proisy, se fit protestant "[33]. Or, les frères sont restés fidèles à Henri III même après la rupture avec la Ligue. Jean de Proisy, seigneur de Neuville-en-Laonnois, verra son château détruit par la Ligue. Louis III de Proisy, fils et successeur de François, sera déchu de son titre de Bailli du Vermandois par la Ligue [34]. Quant à Claude, non seulement son fils est calviniste, mais sa fille Marie a épousé Isaac Laumosnier et sa fille Suzanne, Henri Laumosnier. Les deux frères sont calvinistes, tout comme leur frère Louis Laumosnier seigneur de Tourneville et de Travecy [35]. Pour comprendre la signature de Claude Proisy, il faut savoir qu´aux contradictions religieuses se superposent des contradictions dynastiques et des rivalités féodales. Claude Leleu écrit :
 
"...la ligue qui avait été projetée par la maison de Guise sous prétexte de conserver la religion commença, et le Roi y entrant, elle fut autorisée par son exemple. Elle fut la source d´une infinité de malheurs..."[36].
 
"... beaucoup de villes prirent son parti, croyant que c´était celui du Roi..." [37].
 
Plus tard, il précise même que beaucoup signent sous la violence pour "s´associer à l´union prétendue des catholiques" [38].
 
En 1577, des soldats "s´étant attroupés au nombre de 2.000 prirent résolution de s´aller jeter sur une troupe qui estoit à Mons-en-Laonnois, mais les baillis du Vermandois et quelques seigneurs du pays les arrestèrent et les obligèrent à retourner par Mauregny où ils se contentèrent d´enlever quatorze charrettes qu´ils trouvèrent chargées de butin" [39].
 
Il faut noter qu´à l´époque où la Ligue catholique avait pris forme à Marchais, il y avait dans ce village une église réformée "avant 1583 "[40].
 
            "Jehan de Cuvillers, seigneur de Coucy les Eppes, chevalier de l´ordre de St-Jean de Jérusalem en 1541, fut commandeur de Slype (1569/1576), de Beauvais en Gâtinais (1570/1574) et du Mont de Soissons (1573/1587) [Mannier: Les commanderies du grand prieuré de France p. 103/556/734.
           
Lorsque la mort de sa mère lui permit de réunir l´usufruit de Coucy les Eppes à sa nue propriété, ce n´était qu´une métairie ; il jeta les fondations du château et l´acheva en 1575 (Note de Clairambault sur son exemplaire du T. II de la recherche de la noblesse de Champagne, par M. de Caumartin [Bibl. Nat. L.m² 37 Res.]
           
Pendant les guerres de religions, il y réunissait les réfugiés catholiques qui fuyaient les seigneurs du voisinage (Mémoires historique de la maison de Jay daté du 18 mars 1683 - Archives du château de Bourguignon, pièce disparue pendant la guerre de 1914/18.
            Jehan de Cuvillers dit "le Commandeur de Coucy fut fait prisonnier à l´abbaye du Sauvoir par les ligueurs de Laon en avril 1589 "mais aussi tost eslargy pour n´être trouvé de prise" [Antoine Richard : Mémoire sur la ligue du Laonnois , p. 89]"[41].
 
En 1583, au synode de Vitré on trouvait Mathieu Virelles, ministre de Marchais [42]. Et le seigneur de Mauregny, baron d´Eppes était protestant. La situation devait être particulièrement explosive !
 
Nous ignorons à quel moment est mort Claude de Proisy. C´est avant 1586, date où on trouve un acte le mentionnant.


[1] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 488
[2] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 129
[3] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - T1 - p. 129
[4] Reims - La ville des sacres par le Baron I. TAYLOR - 1860 - Réédité par les éditions de la Tour Gile - 1996
[5] Combier - Justices subalternes du Vermandois - p. 76
[6] COURTAUX - Op. Cit., Seigneur de la Baronnie de la Bôve - p. 52
[7] COURTAUX - Op. Cit. pages 114 et 115
[8] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 399
[9] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TIII - p. 771
[10] Dom Wyart, Histoire de l´abbaye de St-Vincent de Laon, p. 530
[11] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 408
[12] COURTAUX - Op. Cit. Page 52
[13] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI - p. 437
[14] Maxime de Sars - Aubigny-en-Laonnois, p. 21
[15] Combier - Etude sur le Bailliage du Vermandois, p. 86
[16] Courtaux - Op. Cit., Seigneur de la Baronnie de la Bôve - p. 52
[17] COURTAUX - Op. Cit., Seigneur de la Baronnie de la Bôve - p. 52 et 53
[18] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TIII - p. 343
[19] Maxime de Sars - Aubigny-en-Laonnois, p. 23
[20] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI - p. 388
[21] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 435
[22] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 437
[23] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 441 et 442
[24] Maxime de Sars - Le Laonnois Féodal - TI - p. 343
[25] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860
[26] Reims - La ville des sacres par le Baron I. TAYLOR - 1860 - Réédité par les éditions de la Tour Gile - 1996
[27] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 444
[28] Nicolas Lelong - Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon - 1783 - Réédité en 1980, p. 444 et 445
[29] Amédée Piette - Essais historiques sur Vervins - 1841
[30] Maxime de Sars - Aubigny-en-Laonnois, p. 23
[31] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 396
[32] En marge du document, il est inscrit : mémoires du Sieur de Berrieux.
[33] Maxime de Sars - Aubigny, pages 24 et 25
[34] Histoire de Laon T. II, page 396
[35] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860 - pages 46 et 47
[36] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 422
[37] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 423
[38] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 434
[39] Claude Leleu - Histoire de Laon T. II, page 400
[40] Mours - Les églises réformées de France, page 53
[41] Maxime de Sars - Le laonnois féodal - T.III, p. 321
[42] Douen - Essai historique sur les églises réformées dans l´Aisne - 1860 - pages 35

Mauregny en Haye 423 hab. par JM Moltchanoff       

Les cahiers d'histoire de Mauregny ont été rédigés par Guy Pluchart et Jacques Tavola
Les auteurs ont parcouru les services d'archives et publient "Les cahiers d'histoire de Mauregny". 
> Une histoire très détaillée du village de la préhistoire au 19° siècle. 
> Histoire du chanvre à Mauregny 
> Doléances de 1789 
> Cartes postales anciennes 
> Histoire de Fussigny, village disparu 
Un excellent travail ! Un des meilleurs sites de l'annuaire selon l'
Annuaire des sites d'histoire des villages

par Gilbert Delbrayelle

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