Mauregny,Un village, une histoire

Ambrosini Témoignage

 

Il s’agit d’une enquête conduite dans l’académie de Lille, qui s’étendait à cette époque sur le territoire de cinq départements (Aisne, Ardennes, Nord, Pas-de-Calais, Somme). Cette enquête (moyennant un questionnaire, assorti de la demande d’envoi de documents, si possible) Voilà la réponse à ce questionnaire de Madame AMBROSINI institutrice pendant l'occupation allemande de 14-18

Réponses à la note de service du 16 mai 1920
École de filles de Mauregny-en-Haye

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village ?

Les Allemands ont pris possession du village le 1er septembre 1914.


b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir ?

La prise de possession s’est effectuée sans coup férir.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours ? Dans la suite de l’occupation ?

Le premier mois nous n’avons vu que des passages de troupes. Les officiers et les soldats cherchaient à rassurer la population qui était affolée. « Ne craignez rien, disaient-ils souvent, nous ne sommes pas des barbares, nous ne vous ferons aucun mal. » Nous ne connûmes l’horreur de l’occupation que du jour où nous eûmes des troupes à demeure, à partir du 1er octobre 1914. Les soldats étaient voleurs, les officiers exigeants, tous, sans aucune éducation. La population devint « taillable et corvéable à merci. »

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque ?

Quelques Allemands ont douté du succès lorsque les Américains débarquèrent en France. Mais beaucoup espéraient tenir dans leurs tranchées jusqu’à ce que les Alliés soient fatigués de la guerre. Quelques fanatiques n’avaient pas perdu l’espoir de faire leur entrée à Paris. « Nous passerons, disait un officier en 1918 ; si ce n’est ici, ce sera là, ou là ; mais nous passerons, parce que nous le voulons. » La population civile, souffrant du blocus désirait la paix.

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils » ?

Comme je l’ai déjà dit, la population devint « taillable et corvéable à merci ». Ils faisaient travailler les civils, sans nécessité ; simplement, parce qu’ils connaissaient leur répugnance à travailler pour eux. Après avoir fait arracher les orties, ils les abandonnaient dans un coin. Ils faisaient faire la chasse aux limaces, gratter l’herbe des trottoirs, balayer les rues trois ou quatre fois par jour. Ces travaux étaient exécutés par les hommes comme par les femmes. Un commandant de place, un maniaque, exigea même que tous les lits soient faits avant huit heures chaque matin. Ils réservaient les vexations pour les personnes ayant une bonne éducation et tenaient un certain rang dans la localité. Tout était prétexte pour infliger des amendes : la plus légère désobéissance, une réponse un peu vive, un ordre qui n’était pas exécuté à l’heure fixée et il fallait payer. Il y avait aussi la prison, les perquisitions où tout était fouillé, retourné ; les réquisitions qui exigeaient même ce qui était indispensable. Rien ne nous appartenait plus. « C’est la guerre ! » nous disait-on.

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).
La personne chargée du soin des affiches ayant été évacuée n’a plus aucun papier. Après son départ, la population étant très réduite, les ordres furent donnés et reçus verbalement.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre?

L’Ecole fut laissée à notre disposition jusqu’en mars 1917. A partir de cette époque nous allâmes tantôt dans un local, tantôt dans un autre, selon les caprices du commandant de place.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction ? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui)

En 1915, la fréquentation scolaire devint obligatoire. Tout enfant manquant en classe devait payer une amende.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement ?

En 1915, le commandant de place s’est immiscé dans les services de l’enseignement. Il a fait changer les heures de classe pour que les enfants puissent venir à l’école et aider leurs parents. (Etude de 7 à 12 heures chaque jour, y compris le jeudi.)
d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves ? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?
Deux officiers ont pénétré dans l’école. Ils ont examiné les cahiers, mais n’ont pas interrogé les élèves. Ayant eu un très mauvais accueil, ils ne sont plus revenus.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels ?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.
Les enfants n’étaient contraints aux travaux manuels que lorsqu’ils ne venaient pas en classe. Aussi, y venaient-ils le plus longtemps possible.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes ?

En général, les enfants étaient gâtés par les soldats qui leur donnaient tartines, bonbons et gâteaux. En retour, les enfants fréquentaient volontiers les soldats. Très peu avaient la fierté de refuser leurs friandises et de les traiter en ennemis.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ?

(Donner une liste de ces mots, et leur sens.)
Les allemands ont appris leur langue aux enfants. En 1918, le vocabulaire était même très étendu. Dès l’armistice on a cessé de parler allemand et actuellement on n’en dit plus un seul mot.

III.- Travaux d’élèves

Les copies de composition française sont si peu intéressantes que je ne juge pas à propos de les envoyer.

Mauregny-en-Haye, le 27 mai 1920


Mauregny en Haye 423 hab. par JM Moltchanoff       

Les cahiers d'histoire de Mauregny ont été rédigés par Guy Pluchart et Jacques Tavola
Les auteurs ont parcouru les services d'archives et publient "Les cahiers d'histoire de Mauregny". 
> Une histoire très détaillée du village de la préhistoire au 19° siècle. 
> Histoire du chanvre à Mauregny 
> Doléances de 1789 
> Cartes postales anciennes 
> Histoire de Fussigny, village disparu 
Un excellent travail ! Un des meilleurs sites de l'annuaire selon l'
Annuaire des sites d'histoire des villages

par Gilbert Delbrayelle

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